Les start‑ups sénégalaises qui ont marqué l’année 2025

En 2025 le Sénégal affirme son statut de laboratoire de l’innovation en Afrique. La Digital Africa Summit de Dakar a rappelé que le pays combine un marché de plus de 16 millions d’habitants, une population jeune et connectée, des politiques favorables à l’innovation et un rôle de porte d’entrée vers l’Afrique francophone. Cette conjonction attire les investisseurs et crée un « usage gap » : des millions de personnes sont couverts par des réseaux mobiles mais restent encore hors ligne. Pour les start‑ups, cette phase de transition représente un catalyseur de croissance qui permet de développer de nouveaux services – finance numérique, place de marché agricole, logistique du dernier kilomètre, télémédecine ou edtech. Dans cet environnement, plusieurs entreprises sénégalaises ont levé des fonds, lancé des services innovants et affirmé leur impact social en 2025. Voici un panorama argumenté des start‑ups qui ont le plus marqué l’année.
Paps : champion de la logistique et de la confiance des investisseurs
Créé en 2016, Paps s’est imposé comme la plus grande flotte de livraison du dernier kilomètre au Sénégal. Sa plateforme relie marchands en ligne et entreprises brick‑and‑mortar à un réseau de livreurs et de centres logistiques. Le 15 septembre 2025 la société a annoncé un tour de table Série A de 4,5 millions de dollars co‑dirigé par 4DX Ventures et Orange, avec le soutien de Yamaha Motors et du fonds de Google Black Founders. Le co‑fondateur Bamba Lo a déclaré que l’objectif était de devenir le premier fournisseur logistique panafricain répondant à des standards internationaux. Paps a déjà accompli plus de 10 millions de livraisons et cherche à déployer son modèle au-delà du Sénégal, notamment en Côte d’Ivoire et au Bénin. Cette levée de fonds conforte sa position face à la concurrence régionale et matérialise la confiance des investisseurs dans sa capacité à industrialiser la logistique du commerce électronique africain.

Yobante Express : la logistique transfrontalière et l’informel mis à l’honneur
La jeune pousse Yobante Express illustre la montée en puissance de la logistique « informelle » digitalisée. L’entreprise, citée parmi les « 20 start‑ups africaines à suivre en 2025 » par le magazine African Business, s’appuie sur un réseau de détaillants, de chauffeurs et de points relais pour organiser des expéditions peu coûteuses. Déjà présente dans plus de 21 pays, elle revendique 2 millions de colis livrés par an et un chiffre d’affaires annuel de huit millions de dollars. En septembre 2025, Yobante Express a noué un partenariat avec le service kényan MPost pour proposer une livraison porte‑à‑porte entre pays à moindre coût, en connectant son réseau à l’adresse numérique de MPost. Cette alliance lui ouvre les marchés de l’Afrique de l’Est et de l’Europe et montre que l’entreprise maîtrise non seulement la logistique du dernier kilomètre mais aussi l’interopérabilité transfrontalière. Sa croissance démontre que la digitalisation de l’informel constitue un levier important pour développer des chaînes d’approvisionnement panafricaines.

Wave Mobile Money : un géant de la finance numérique
Le secteur de la fintech est dominé par Wave Mobile Money, devenue en 2021 la première licorne d’Afrique francophone. En juillet 2025, la société a annoncé un financement en dette de 137 millions de dollars destiné à renforcer sa trésorerie et soutenir son expansion. Le tour a été mené par Rand Merchant Bank avec le concours de British International Investment, Finnfund et Norfund. Wave exploite un réseau de 150 000 agents et sert plus de 20 millions d’utilisateurs mensuels dans huit pays d’Afrique de l’Ouest. Son modèle repose sur des dépôts et retraits gratuits et des transferts P2P facturés 1 %, bien en deçà des frais pratiqués par les opérateurs de télécommunications traditionnels. En levant de la dette plutôt que du capital, Wave souligne sa maturité financière et sa volonté d’élargir la bancarisation numérique à une population sous‑bancarisée, consolidant ainsi l’écosystème fintech sénégalais.

LAfricaMobile : communications cloud et intelligence artificielle
Fondée en 2014 par Malick Diouf, LAfricaMobile fournit une plateforme cloud de communication multicanal (SMS, USSD, voix, WhatsApp, recharges de crédit, etc.) destinée aux entreprises. En 2024 l’entreprise a levé 7 millions de dollars en série A, conduits par Bpifrance et rejoints par Janngo Capital, Southbridge Investments et Ciwara Capital. L’objectif est de développer des solutions de communication basées sur l’intelligence artificielle et d’élargir les opérations à l’Afrique francophone. L’entreprise accompagne déjà de grandes organisations (banques, opérateurs) qui veulent interagir avec leurs clients via des messages automatisés et contextualisés. Cette levée de fonds démontre que des start‑ups sénégalaises peuvent attirer des investisseurs publics européens, et souligne l’importance des infrastructures de communication pour la transformation numérique.

Maad : distribution B2B et soutien aux détaillants informels
Maad est une place de marché B2B lancée en 2021 par Sidy Niang et Jessica Long. Elle aide les détaillants informels à s’approvisionner directement auprès des fournisseurs en éliminant les intermédiaires. En mai 2024, Maad a levé 3,2 millions de dollars de financement en dette et en capital auprès de Ventures Platform, Seedstars International Ventures, Reflect Ventures et d’autres investisseurs, y compris des banques locales. L’entreprise dessert environ 6 500 détaillants, travaille avec 80 fournisseurs et revendique un GMV mensuel de 3 millions de dollars. Elle utilise ses propres entrepôts et livreurs pour assurer des livraisons fiables et envisage d’étendre son modèle à un autre pays francophone. Les fonds servent également à proposer des services « Buy Now, Pay Later » pour augmenter la capacité d’achat des petits commerçants. Bien que la levée ait eu lieu fin 2024, c’est en 2025 que Maad a accéléré son déploiement et que sa proposition de valeur a commencé à rééquilibrer les relations entre fournisseurs et commerces de proximité.

ProXalys : digitalisation des micro‑commerçants et finance inclusive
La start‑up ProXalys s’attaque à la digitalisation des détaillants et producteurs informels. Initialement axée sur la logistique de produits agricoles, l’entreprise s’est recentrée sur le logiciel ProBoutik, qui permet aux commerçants d’organiser leurs commandes, de suivre leur trésorerie et d’obtenir un score de solvabilité. Ce score facilite l’accès au crédit auprès des institutions de micro‑finance. ProBoutik comptait près de 8 000 utilisateurs en 2024 et vise 100 000 commerçants à court terme. ProXalys a levé 500 000 dollars début 2024 auprès de 216 Capital Ventures, Haskè Ventures et du programme FUZE de Digital Africa. L’entreprise investit ces fonds dans des équipes données et intelligence artificielle afin de préparer son expansion en Côte d’Ivoire. L’implication de programmes comme Netherlands Trust Fund V de l’International Trade Centre a permis à ProXalys de se rendre à des forums agricoles et fintech et de préparer sa levée de fonds. En 2025 la start‑up continue de consolider son outil et d’élargir sa communauté de commerçants, participant à la formalisation et à la bancarisation du secteur informel.

Cauri Money : services financiers pour la diaspora et expansion en Afrique centrale
Fondée en 2021 par Jean‑Charles Mendy et Lamine Tall, Cauri Money opère déjà au Sénégal et en Europe. Le 9 juillet 2025, la société a lancé Gajo Money, un portefeuille électronique dédié à la diaspora camerounaise. L’objectif est de traiter 120 millions d’euros de transactions d’ici la fin de l’année. Pour se conformer aux régulations de la Banque centrale des États d’Afrique centrale (BEAC), Cauri Money s’est associé à la banque BFI S.A.. Ce partenariat lui permet d’accéder au système financier camerounais et d’étendre ensuite ses services à d’autres pays d’Afrique centrale. La stratégie de mobiliser 600 investisseurs via le programme CICM‑600 montre que la start‑up vise une croissance rapide tout en respectant les exigences réglementaires. Son expansion témoigne du dynamisme des fintechs sénégalaises sur le marché diasporique.

Kwely : promouvoir le « Made in Africa » sur une place de marché globale
La plateforme Kwely, fondée par Birame Sock, vise à exporter des produits africains vers les marchés mondiaux. Après un premier financement de 700 000 dollars en 2022 et une injection supplémentaire via le programme Fuzé en 2024, Kwely a franchi une étape majeure en septembre 2025. L’entreprise a lancé une place de marché B2B « Made in Africa », offrant aux acheteurs internationaux des produits de qualité conçus au Sénégal et dans le reste du continent. Les articles (aliments, cosmétiques, soins capillaires et bien‑être) sont testés et emballés selon des normes internationales comme celles de la FDA. La plateforme intègre un configurateur de produit permettant aux acheteurs de personnaliser leur commande et propose des options d’étiquetage privé, avec une version multilingue en préparation. Kwely organise également le concours TEKKI Challenge pour aider des entrepreneurs locaux (surtout des femmes) à améliorer l’image et le packaging de leurs produits. En connectant des PME africaines à des marchés internationaux, Kwely participe à la valorisation des produits locaux et à une croissance inclusive.

Eyone Medical : digitaliser les dossiers médicaux et intégrer l’IA
Fondée en 2015 par Henri Ousmane Gueye et John Diatta, Eyone Medical développe des solutions de santé numérique. Son produit phare, le Shared Patient Record, permet à différents acteurs (hôpitaux, laboratoires, médecins) de partager des dossiers patients de manière sécurisée. La plateforme est déjà utilisée par plus de 60 établissements de santé au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Gabon et en France. En juillet 2025, Eyone a levé 3 millions de dollars auprès du fonds Oyass Capital, lancé par l’État sénégalais. Ce financement doit permettre d’intégrer des fonctionnalités d’intelligence artificielle et d’étendre la plateforme en Afrique francophone. L’investissement illustre l’implication croissante de capitaux publics dans le financement de start‑ups à impact et l’intérêt stratégique de la santé numérique pour les autorités sénégalaises.

Legafrik : démocratiser l’accès aux services juridiques
Bien que créée en Côte d’Ivoire, Legafrik opère dans plusieurs pays de l’espace OHADA, dont le Sénégal. La plateforme propose des services juridiques en ligne : formalités de création d’entreprise, ouverture de compte bancaire, recouvrement de créances, rédaction d’actes, etc. Fondée en 2017 par Youssouf Ballo et Daouda Diallo, Legafrik a accompagné plus de 7 000 entrepreneurs et réalisé 20 000 formalités. Sa contribution réside dans la démocratisation de services juridiques souvent coûteux et dans la création d’un cadre favorable à l’entrepreneuriat. Même sans levée de fonds notable en 2025, l’entreprise continue d’élargir sa base d’utilisateurs, démontrant que l’innovation ne se limite pas au financement mais passe aussi par l’impact social.

Synthèse et perspectives
L’année 2025 a été marquée par une accélération de l’écosystème entrepreneurial sénégalais. Du dernier kilomètre à la finance digitale, en passant par la communication cloud, la distribution B2B, l’exportation de produits locaux ou la santé numérique, ces start‑ups traduisent les tendances structurelles décrites lors de la Digital Africa Summit : les jeunes entreprises deviennent des infrastructures et offrent des services essentiels là où l’État ou les grandes entreprises sont absents.
Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique : l’amélioration de la réglementation et des partenariats public‑privé, l’implication croissante de fonds locaux (Oyass Capital, CICM‑600), l’intérêt d’investisseurs internationaux (4DX Ventures, Bpifrance, Rand Merchant Bank) et le retour des diasporas.
Si ces entreprises réussissent à surmonter les défis de l’industrialisation, de la rentabilité et de la conformité réglementaire, elles pourraient non seulement consolider leur position au Sénégal mais aussi servir de modèle dans toute l’Afrique. En accompagnant l’essor du commerce électronique, de la finance inclusive, de la santé numérique et de l’exportation, elles contribuent à une croissance plus inclusive et à l’émergence d’une économie numérique continentale.
Mérimé Wilson



