Oumou Kalsome Diom, des marchés de capitaux au défi de la finance islamique

Dans la finance, certaines trajectoires se lisent à travers les fonctions occupées. D’autres se comprennent par la nature croissante des responsabilités exercées sur le capital. Celle d’Oumou Kalsome C. Diom appartient à cette seconde catégorie. Depuis près de deux décennies, elle évolue au cœur des mécanismes qui relient l’épargne, l’investissement, les besoins de financement des institutions et les ambitions économiques des États. Sa nomination, annoncée en avril 2026, à la direction générale de TAIBA TITRISATION marque ainsi moins une rupture qu’un changement d’échelle.
Pour cette professionnelle formée sur le marché financier régional, il ne s’agit plus seulement d’intervenir dans la mobilisation de ressources ou la gestion des relations avec les investisseurs. Il lui revient désormais de diriger une société appelée à transformer des actifs et des créances en solutions de financement structurées, dans un espace UEMOA où la recherche de capitaux plus diversifiés devient une priorité économique.
Filiale de la Banque Islamique du Sénégal, TAIBA TITRISATION se situe précisément à cette intersection exigeante entre ingénierie financière, réglementation, confiance des investisseurs et financement du développement. Pour Oumou Kalsome Diom, ce mandat constitue l’aboutissement logique d’un parcours construit au contact du marché, mais également le début d’une responsabilité plus stratégique : contribuer à faire de la finance islamique un segment plus profond, plus accessible et plus compétitif du système financier ouest-africain.
Une carrière forgée dans la mécanique du marché
Oumou Kalsome Diom entre dans l’univers des marchés de capitaux en 2007 chez CGF Bourse. Elle y prend en charge le marché secondaire, un poste moins visible que les grandes opérations de levée de fonds, mais déterminant dans la compréhension réelle d’une place financière.
Le marché secondaire est celui où se confrontent quotidiennement la valeur théorique des actifs, la liquidité disponible et les décisions concrètes des investisseurs. Il impose de maîtriser les mécanismes de négociation, de suivre les comportements du marché et de comprendre les arbitrages des détenteurs de capitaux. Durant près de huit années, elle y acquiert une connaissance opérationnelle de l’écosystème financier de l’UEMOA.
Cette première séquence est essentielle. Elle lui permet de ne pas aborder la finance uniquement comme une discipline de structuration, mais comme un système vivant, animé par la confiance, l’information et la capacité des investisseurs à céder ou à acquérir des titres dans de bonnes conditions.
En 2015, elle rejoint la Banque Régionale de Marchés comme gestionnaire de portefeuille senior auprès de la clientèle institutionnelle. Le changement de fonction traduit déjà une progression dans la chaîne de valeur. Après avoir observé et animé les échanges, elle intervient désormais dans l’allocation du capital pour des investisseurs dont les décisions engagent des ressources importantes et s’inscrivent généralement dans le temps long.
Les investisseurs institutionnels, notamment les compagnies d’assurance, les caisses de retraite, les banques et les grandes organisations, constituent une composante décisive des marchés financiers. Leur capacité à investir durablement influence la liquidité, le financement des États et la profondeur du marché obligataire. Les accompagner exige une compréhension fine du rendement, du risque, de la maturité des placements et des contraintes réglementaires.
De l’exécution à la mobilisation des ressources
Son passage chez EVEREST Finance, entre 2016 et 2018, la conduit à diriger les activités liées aux marchés de capitaux. Cette étape confirme une évolution de l’expertise technique vers la responsabilité managériale et stratégique.
Elle revient ensuite chez CGF Bourse en 2019, cette fois comme directrice commerciale. Ce retour intervient avec un périmètre élargi. Il ne s’agit plus seulement de maîtriser les produits financiers, mais de les rendre compréhensibles, accessibles et adaptés à des clientèles aux attentes différentes.
Dans un marché régional où la culture boursière reste encore concentrée, la fonction commerciale ne se résume pas à la vente de produits. Elle implique de construire une relation durable avec les investisseurs, d’organiser la collecte de l’épargne et de rapprocher les besoins de financement des solutions disponibles. Elle suppose également une capacité pédagogique : convaincre les entreprises, les institutions et les particuliers que les marchés de capitaux peuvent constituer un instrument crédible de valorisation et de financement.
En janvier 2023, Oumou Kalsome Diom devient directrice exécutive chargée du marché des capitaux. Cette promotion la place au centre des opérations de mobilisation de ressources, de l’épargne et de l’investissement. Elle accompagne, au cours de son parcours, différentes opérations destinées à des États, des entreprises et de grandes institutions.
Cette expérience lui donne une lecture complète du marché : celle de l’investisseur qui cherche à protéger et à valoriser ses ressources, celle de l’émetteur qui doit financer sa croissance et celle de l’intermédiaire qui doit concilier rendement, risque, réglementation et confiance.
Une incursion stratégique au cœur de l’État
En février 2025, elle rejoint le ministère sénégalais de l’Industrie et du Commerce comme conseillère du ministre. Ce passage dans la sphère publique enrichit son parcours d’une dimension nouvelle.
L’industrie ne se développe pas sans capitaux patients, tandis que les entreprises ne changent pas d’échelle sans instruments financiers adaptés à leurs cycles d’investissement. Être exposée aux priorités industrielles et commerciales du Sénégal permet de mesurer, au-delà des salles de marché, les besoins concrets auxquels la finance doit répondre : modernisation des entreprises, infrastructures, transformation locale, compétitivité et financement des petites et moyennes structures.
Cette expérience institutionnelle renforce ainsi sa capacité à dialoguer avec plusieurs catégories d’acteurs. Elle connaît les attentes des investisseurs, les contraintes des entreprises et les objectifs de politique économique. Cette position à l’interface du public et du privé devient particulièrement utile au moment de prendre la direction d’une société dont les solutions s’adressent aussi bien aux États qu’aux institutions financières et aux entreprises.
Son parcours académique accompagne cette montée en responsabilité. Elle suit une certification en stratégie à HEC Paris entre 2023 et 2024, puis un Executive MBA à l’Université Paris Dauphine-PSL, achevé en 2025. Ces formations traduisent le passage d’une expertise centrée sur les marchés vers une approche plus large de la transformation, de la conduite du changement et de la gouvernance.
TAIBA TITRISATION, un mandat de construction de marché
TAIBA TITRISATION est une société de gestion de Fonds communs de titrisation de créances agréée sur le marché financier régional de l’UEMOA. Son métier consiste à structurer des véhicules capables d’acquérir des créances ou des actifs et d’émettre, en contrepartie, des titres destinés aux investisseurs.
Dans le domaine de la finance islamique, cette ingénierie peut notamment prendre la forme de sukuk, des certificats d’investissement adossés à des actifs et structurés conformément aux principes de la Charia. Ces instruments offrent aux États et aux entreprises une voie complémentaire aux financements bancaires et aux obligations conventionnelles.
TAIBA TITRISATION dispose déjà d’une expérience significative sur ce terrain. En 2022, elle a notamment agi comme société de gestion lors de l’émission d’un sukuk souverain sénégalais de 330 milliards de FCFA, structurée en trois tranches de sept, dix et quinze ans.
Le défi confié à Oumou Kalsome Diom ne consiste donc pas à introduire la société sur un marché entièrement nouveau. Il s’agit plutôt de transformer une expertise existante en capacité durable de développement. Cela suppose de structurer des produits adaptés aux réalités des émetteurs, d’élargir la base des investisseurs et de mobiliser davantage de capitaux islamiques régionaux et internationaux.
« La finance islamique représente une opportunité stratégique majeure pour nos économies », a-t-elle déclaré à l’occasion de sa nomination. L’affirmation résume l’ambition, mais aussi l’ampleur du travail à accomplir.
Le développement des sukuk dans l’UEMOA dépendra de la qualité des montages, de la disponibilité d’actifs éligibles, de la clarté réglementaire et de l’existence d’un marché secondaire suffisamment liquide. Il faudra également convaincre davantage d’entreprises privées d’utiliser ces instruments, encore largement associés aux opérations souveraines.
Une dirigeante face au défi de la profondeur
La nomination d’Oumou Kalsome Diom est significative parce qu’elle confie cette mission à une professionnelle qui connaît les deux extrémités du marché : ceux qui recherchent des capitaux et ceux qui doivent décider de leur allocation.
Son passage du marché secondaire à la gestion institutionnelle, puis à la direction commerciale, aux opérations de marché, au conseil public et enfin à la direction générale, dessine une trajectoire cohérente. Chaque étape a élargi son champ de compréhension, jusqu’à la placer aujourd’hui devant un enjeu qui dépasse la seule performance d’une entreprise.
Chez TAIBA TITRISATION, sa capacité d’exécution se mesurera à la régularité des opérations structurées, à la diversification des émetteurs, à l’élargissement du cercle des investisseurs et à la solidité de la gouvernance mise en place. Le véritable succès ne sera pas seulement de réaliser quelques émissions importantes. Il sera de contribuer à installer un marché plus profond, capable de mobiliser durablement l’épargne et de financer des actifs productifs.
Oumou Kalsome Diom arrive donc à un moment où la finance islamique ouest-africaine doit franchir une nouvelle étape : passer du potentiel fréquemment évoqué à une véritable industrie financière. Son mandat dira si l’expérience accumulée sur les marchés de capitaux peut désormais servir à construire cette profondeur.
Mérimé Wilson



