Entre un projet prometteur et un financement effectivement mobilisé, il existe souvent un obstacle : le risque que les partenaires financiers acceptent, ou refusent, de porter. Khady Seye a construit sa carrière autour de cette question. Du financement des entreprises et des emprunteurs souverains à la diplomatie économique à Dakar, puis à l’assurance-crédit et à l’assurance des investissements, son parcours suit un fil précis : accompagner les acteurs économiques et publics dans la réalisation de projets dont les risques doivent être maîtrisés.

Depuis août 2023, elle exerce les fonctions de Country Manager à la Société islamique d’assurance des investissements et des crédits à l’exportation, connue sous son acronyme anglais ICIEC, avec un périmètre d’intervention couvrant l’Afrique subsaharienne. Membre du Groupe de la Banque islamique de développement, cette institution intervient dans un domaine décisif pour les échanges internationaux : couvrir certains risques susceptibles de freiner les financements, les exportations et les investissements. Une spécialité qui prolonge directement son expérience canadienne.

La trajectoire de Khady Seye s’appuie d’abord sur une formation financière solide. Entre 2008 et 2010, elle prépare un MBA en finance à l’Université Laval, au Québec. Elle y participe également à la création du club Toastmasters de la Faculté des sciences de l’administration. À l’apprentissage de l’analyse financière s’ajoute ainsi celui de la prise de parole, compétence utile dans des métiers où il faut expliquer un dossier, défendre une proposition et emporter l’adhésion.

Chez Desjardins, où elle occupe des fonctions de directrice de comptes au Québec puis dans la région d’Ottawa, elle travaille sur les besoins des entreprises commerciales et immobilières. Analyse de dossiers financiers complexes, élaboration de solutions sur mesure, développement de portefeuille et suivi des risques constituent le quotidien de cette première étape. Elle y acquiert une lecture concrète de l’entreprise : ses ambitions, sa trésorerie, ses contraintes et sa capacité à supporter un financement.

En octobre 2016, elle rejoint Exportation et développement Canada comme directrice principale de comptes. Son horizon s’élargit alors aux marchés internationaux. Accompagner une entreprise exportatrice suppose de comprendre ses débouchés, mais aussi ses besoins de financement et son exposition aux risques. Durant près de cinq ans, elle travaille à cette articulation entre développement commercial et sécurité financière.

Son arrivée à la Délégation générale du Québec à Dakar, en juillet 2021, introduit une nouvelle dimension. Attachée aux affaires économiques, elle accompagne le positionnement des entreprises québécoises au Sénégal et sur les autres territoires couverts. Identifier les secteurs porteurs, conseiller une stratégie d’entrée, faciliter les rencontres et soutenir l’implantation deviennent ses leviers d’action. La finance rejoint ici la connaissance des marchés et le dialogue institutionnel.

À l’ICIEC, ces expériences convergent. En février 2025, Khady Seye participe à l’African Mining Indaba, au Cap, où elle échange avec des entreprises minières, des institutions financières et des courtiers sur les solutions de couverture des risques. Cette présence illustre la dimension de son métier : rapprocher les besoins des investisseurs des instruments capables de sécuriser leurs engagements.

Elle associe aussi ses responsabilités à une ambition de représentation. Dans un témoignage publié par l’ICIEC, elle souligne le caractère encore très masculin de son secteur et exprime sa volonté d’ouvrir la voie à davantage de femmes aux postes de responsabilité. Cette conviction accompagne un parcours construit dans des métiers exigeants, à la rencontre de l’analyse, de la négociation et du développement des affaires.

La singularité de Khady Seye tient à cette continuité : connaître l’ensemble des parties prenantes d’un projet, comprendre son impact, puis travailler aux mécanismes qui rendent les engagements financiers plus sûrs. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, cette expérience lui donne une place dans une équation essentielle au développement : transformer l’intérêt des partenaires en capacité réelle d’investissement.

Mérimé Wilson,

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