De Dakar aux sphères stratégiques de Meta, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, Aïda Ndiaye a construit une carrière internationale à la croisée des technologies, des politiques publiques et des relations institutionnelles. Après avoir contribué au développement de la stratégie du groupe dans 22 pays africains, cette diplômée d’Oxford exerce désormais des responsabilités sur des questions qui engagent l’avenir de l’écosystème numérique mondial. Un parcours qui illustre la place croissante des compétences africaines dans les débats sur la régulation des grandes plateformes technologiques.

Le 11 avril 2024, à New York, Aïda Ndiaye prend part à une rencontre réunissant des diplomates francophones, des représentants d’organisations internationales et des régulateurs du numérique. Au centre des discussions figurent la désinformation, les contenus préjudiciables et les responsabilités des grandes plateformes. Face à ces interlocuteurs institutionnels, la dirigeante sénégalaise présente les dispositifs déployés par Meta pour répondre aux défis de l’intégrité de l’information.

Cette séquence illustre la nature des responsabilités qu’elle exerce au sein de l’un des groupes technologiques les plus influents au monde. Son métier ne consiste pas à développer des applications ou à commercialiser des solutions numériques, mais à intervenir à l’intersection des intérêts de l’entreprise, des attentes des pouvoirs publics et des transformations de la société.

Aujourd’hui responsable des campagnes et programmes de politiques publiques chez Meta, Aïda Ndiaye participe à l’élaboration d’initiatives portant notamment sur l’intégrité des plateformes, l’innovation et leurs implications sociétales. Son parcours reflète une évolution majeure de l’industrie technologique : la capacité à comprendre les environnements politiques et réglementaires est devenue aussi stratégique que la maîtrise des technologies elles-mêmes.

De Dakar à Oxford, la construction d’une ambition internationale

L’histoire d’Aïda Ndiaye commence à Dakar, où elle grandit avant de rejoindre l’African Leadership Academy, en Afrique du Sud. Cette institution, consacrée à la formation de futurs leaders africains, lui ouvre les portes d’un environnement international exigeant.

À son arrivée, la maîtrise de l’anglais constitue un obstacle important. Elle le surmonte progressivement, poursuivant ensuite ses études à Quest University, au Canada, grâce à une bourse soutenue par la Mastercard Foundation.

Dans cette université, elle étudie notamment l’économie du développement et s’intéresse aux mécanismes qui entretiennent la pauvreté, aux politiques publiques et aux possibilités offertes par l’innovation. Son engagement dépasse rapidement le cadre académique. Elle contribue à structurer l’association des étudiants africains et devient la première étudiante internationale élue à la présidence du corps étudiant de Quest University.

Cette expérience révèle une orientation qui traversera sa carrière : comprendre les institutions pour mieux agir sur leur fonctionnement.

Elle poursuit sa formation à l’Université d’Oxford, où elle obtient, avec distinction, un Master of Public Policy à la Blavatnik School of Government. Elle y approfondit sa connaissance des politiques publiques, des institutions et des défis de développement. Avant de rejoindre Meta, son parcours professionnel la conduit également chez IBM, Google, à l’UNESCO et au cabinet de conseil Dalberg.

Ces expériences dans des organisations aux missions différentes lui permettent d’aborder les relations entre technologie, développement économique et action publique sous plusieurs angles.

Chez Meta, une responsabilité stratégique sur 22 marchés africains

Son entrée chez Facebook, devenu Meta, intervient à la faveur d’une mission effectuée pendant ses études à Oxford. Initialement prévue pour quelques mois, cette expérience débouche sur une collaboration durable avec le groupe.

Aïda Ndiaye contribue alors au développement des relations institutionnelles de Facebook dans les marchés africains francophones et lusophones. Elle accède ensuite à des responsabilités de Public Policy Manager, avec un périmètre couvrant 22 pays.

La dimension stratégique de cette fonction est considérable. L’expansion des plateformes numériques en Afrique ne repose pas uniquement sur la disponibilité des infrastructures ou la croissance du nombre d’utilisateurs. Elle dépend aussi des cadres réglementaires, du dialogue avec les États, de l’accessibilité d’Internet et de la capacité des acteurs économiques à tirer parti des nouveaux outils numériques.

Aïda Ndiaye intervient précisément dans cet environnement. Elle contribue à développer les relations de Meta avec les gouvernements et à concevoir des programmes destinés à accompagner la transformation numérique, notamment celle des entreprises africaines.

Son expertise repose sur une compréhension des contraintes propres aux économies émergentes, où l’accès au numérique demeure inégal et où les besoins d’innovation doivent composer avec des capacités institutionnelles et économiques très diverses.

De l’Afrique à l’Europe, au centre des questions de régulation

L’évolution de ses responsabilités au sein de Meta marque un changement d’échelle. Après son expérience africaine, Aïda Ndiaye intervient sur des programmes couvrant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Pendant la pandémie de Covid-19, elle pilote des initiatives de lutte contre la désinformation en ligne. Ces programmes associent partenariats institutionnels, campagnes d’information et mobilisation des technologies numériques pour répondre aux besoins des populations.

Elle prend ensuite des responsabilités dans les campagnes de politiques publiques du groupe en Europe, particulièrement sur les questions d’intégrité et d’utilisation responsable des technologies.

Ces fonctions s’inscrivent dans un environnement devenu particulièrement complexe pour les grandes entreprises technologiques. Entre lutte contre les contenus illicites, protection des utilisateurs, liberté d’expression, concurrence et exigences réglementaires, les plateformes doivent concilier des impératifs parfois contradictoires.

En février 2022, Aïda Ndiaye signe notamment une publication officielle de Meta accompagnant le lancement, avec l’organisation Pollicy, d’un guide consacré à la conception de technologies et de politiques numériques inclusives. L’initiative met en avant la nécessité de prendre en compte la diversité des utilisateurs, l’accessibilité, la sécurité et les réalités locales dès la conception des solutions.

Sa participation, en avril 2024, aux échanges organisés à New York par l’Organisation internationale de la Francophonie sur l’intégrité de l’information confirme également son implication dans le dialogue entre plateformes, États et institutions multilatérales.

Son rôle ne consiste pas à définir seule les règles de l’espace numérique. Il s’inscrit dans une fonction de coordination et de représentation stratégique, dans laquelle les entreprises technologiques doivent expliquer leurs pratiques, répondre aux préoccupations publiques et adapter leurs programmes à des environnements réglementaires évolutifs.

Une conception du leadership tournée vers l’Afrique

Parallèlement à ses responsabilités professionnelles, Aïda Ndiaye siège au conseil d’administration de l’African Leadership Foundation, organisation qui soutient l’African Leadership Academy et accompagne l’émergence de nouvelles générations de dirigeants africains.

Cet engagement prolonge son propre parcours. Bénéficiaire d’opportunités éducatives internationales, elle participe désormais à la gouvernance d’une institution engagée dans la formation de jeunes talents du continent.

Son attachement à l’Afrique demeure un élément central de son identité professionnelle. Dans un entretien publié le 5 octobre 2026 par Sabali Talks, elle revient sur son expérience internationale, les exigences du leadership et les transformations technologiques en cours. L’épisode, intitulé « J’ai quitté l’Afrique pour mieux la comprendre », met notamment en perspective son rapport au continent et les enjeux liés à l’intelligence artificielle.

Son itinéraire soulève une question importante pour les économies africaines : comment transformer la présence croissante de talents du continent dans les grandes entreprises mondiales en capacité d’influence, en expertise transférable et en opportunités de développement ?

À l’heure où les États africains cherchent à renforcer leur souveraineté numérique et à trouver leur place dans l’économie de l’intelligence artificielle, les compétences acquises par des profils comme celui d’Aïda Ndiaye prennent une portée particulière.

Son parcours démontre qu’une carrière internationale dans la technologie peut se construire à partir d’une expertise en développement économique, en gouvernance et en politiques publiques, sans nécessairement provenir de l’ingénierie informatique.

De Dakar à Oxford, puis de l’Afrique francophone aux enjeux européens de Meta, Aïda Ndiaye incarne ainsi une génération de cadres africains dont l’influence s’exerce au-delà des frontières nationales, dans les espaces où se discutent les responsabilités, les usages et les règles de l’économie numérique mondiale.

Mérimé Wilson

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