Né et élevé au Sénégal, associé de Forum Ventures en Amérique du Nord, Bocar Dia a appris la croissance dans les premières équipes commerciales de Hootsuite. Devenu investisseur, il travaille sur une question qui demeure centrale à l’ère de l’intelligence artificielle : comment transformer l’intérêt pour une technologie en demande solvable et durable.

HBO prépare le lancement de Game of Thrones lorsque Bocar Dia réalise avec la chaîne sa première vente chez Hootsuite, raconte-t-il à OpenVC en décembre 2024. L’outil doit aider les équipes à gérer leur présence sur les réseaux sociaux. Le jeune commercial apprend à relier un logiciel à l’objectif d’un client, puis à une décision d’achat.

Hootsuite compte déjà un million d’utilisateurs au démarrage de son offre pour les entreprises, précise-t-il. L’audience fournit des pistes commerciales : des équipes utilisent le produit et certains comptes se développent. Reste à identifier les besoins qui justifient de payer. Cette première école est celle de la conversion d’un usage en revenu, un problème qui traverse encore toute l’économie numérique.

Avec les équipes de Hootsuite, il contribue à une croissance qui amène l’entreprise au-delà de 150 millions de dollars de revenus annuels récurrents. Sa contribution se précise dans la construction de nouveaux segments commerciaux et le développement de marchés. Cette place lui donne une expérience de l’expansion vue depuis l’organisation des ventes, avec ses décisions de recrutement et ses apprentissages successifs.

Son profil initial est technique, comme il l’explique sur son site Scaling to 100. Il y décrit une pratique fondée sur l’expérimentation et la mise à l’épreuve des méthodes commerciales. Chez Hootsuite, ses responsabilités vont de la gestion de comptes au pilotage d’équipes, puis à la région Amérique du Nord Est et au bureau de Toronto. Chaque étape élargit les conséquences des choix qu’il doit faire.

Cette progression aide à comprendre sa spécialité. Trouver un premier client et organiser une équipe capable d’en gagner régulièrement demandent des compétences différentes. À mesure que l’entreprise grandit, il faut préciser les cibles, transmettre ce qui fonctionne et reconnaître les limites d’une méthode. Le dirigeant commercial travaille sur cette continuité : conserver la connaissance acquise auprès des clients tout en la rendant utilisable par une organisation plus large.

Son itinéraire vers Forum Ventures se construit par plusieurs relations avec la même maison. Il en devient investisseur et membre du comité consultatif en 2018. Forum investit dans sa propre startup en 2020. En juin 2022, il rejoint l’équipe comme managing director, avant d’accéder au statut d’associé. Ces positions successives lui font connaître le fonds depuis l’accompagnement, l’investissement et l’expérience de fondateur financé.

Né et élevé au Sénégal, passé par l’Europe avant ses études au Canada, Dia construit son activité professionnelle en Amérique du Nord. Forum Ventures finance et accompagne de jeunes entreprises de logiciels destinés aux entreprises. Dans ce cadre, sa valeur ajoutée se concentre sur les premières étapes de commercialisation : comprendre le problème du client, éprouver une proposition et trouver les premiers signes d’une demande qui peut se répéter.

Lors de sa promotion comme associé, Forum souligne précisément son travail sur la validation du marché et les ventes conduites par les fondateurs. Le principe engage la façon de diriger : les premiers échanges commerciaux doivent nourrir les choix du produit. Ils révèlent les objections, le calendrier d’achat et le prix acceptable. Recruter une équipe de vente trop tôt peut multiplier les dépenses avant que l’entreprise ait compris comment gagner ses clients.

Dans son entretien à OpenVC, Dia donne l’exemple de Doseform, une société développant des outils pour les pharmacies. Son fondateur avait lui-même exploité une pharmacie. Dia explique comment cette expérience a pu être remise au centre du message adressé aux prospects. Le changement vise à établir une compréhension commune du métier avant de présenter la solution. Ce cas éclaire sa pratique d’accompagnement jusque dans le détail d’un premier contact commercial.

La généralisation de l’intelligence artificielle lui fournit un nouveau terrain d’étude. En octobre 2025, dans sa publication AI-native GTM, il examine les stratégies commerciales d’entreprises comme Gamma, Lovable et Harvey. Il s’intéresse à la distribution, au rôle des fondateurs dans la visibilité et aux choix de tarification. Son regard porte sur les mécanismes par lesquels un produit trouve ses utilisateurs puis construit son activité économique.

En janvier 2026, il publie une analyse consacrée aux fondateurs de vingt entreprises d’IA à forte croissance. Dans cet échantillon qu’il a constitué, il observe notamment la combinaison fréquente d’une adoption directe du produit et de ventes aux entreprises. Le constat rejoint son expérience chez Hootsuite : l’usage peut révéler une demande, tandis qu’une relation commerciale accompagne ensuite des besoins plus étendus.

La portée de ces études doit être appréciée avec précision. Un ensemble constitué de sociétés ayant déjà réussi à grandir permet d’observer leurs pratiques ; il laisse hors du champ les entreprises qui ont suivi des approches comparables sans connaître le même résultat. Ces travaux nourrissent donc le jugement. Leur intérêt réside dans les questions qu’ils permettent de poser à une équipe, avec ses moyens et son marché propres.

L’IA rend aussi plus pressante la question de la marge. Une hausse des usages peut entraîner des coûts de service supplémentaires ; la tarification doit en tenir compte. Le diagnostic commercial engage donc le modèle économique jusque dans son fonctionnement quotidien. Pour un investisseur issu des ventes comme Dia, la question porte sur les conditions d’une activité durable : un client qui trouve son intérêt, un service que l’entreprise sait fournir et un revenu qui couvre ce travail.

Pour les entrepreneurs sénégalais, ce parcours offre un sujet de réflexion très concret. Le développement technique et la préparation commerciale doivent se parler assez tôt. Comprendre les habitudes d’achat, les interlocuteurs et les conditions de paiement contribue à la conception de l’offre. L’expérience nord-américaine de Dia fournit des méthodes à examiner et à adapter aux clients visés, plutôt qu’un calendrier de croissance à reproduire mécaniquement.

Sa trajectoire montre aussi une forme de contribution possible de la diaspora : rendre intelligibles des compétences acquises au sein d’entreprises et de fonds internationaux. Dans ses publications, Dia expose ses raisonnements et les cas sur lesquels il travaille. Cette transmission permet à d’autres fondateurs de discuter ses conclusions, de reconnaître une difficulté commerciale et d’améliorer leur propre façon de l’aborder.

Bocar Dia occupe aujourd’hui un poste d’observation utile, entre l’allocation de capital et les premières ventes. La prochaine mesure de son influence restera liée au développement des entreprises qu’il accompagne : leur capacité à transformer une première demande en activité durable, puis à financer leur croissance dans de bonnes conditions. À l’heure où les produits d’IA se multiplient, cette exigence de compréhension du marché donne sa cohérence à son parcours.

Mérimé Wilson

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