Aziz Agbo-Panzo, le passeur de cultures qui fait de la cuisine un levier d’influence et de transmission

Dans un monde où les industries culturelles, le tourisme expérientiel et l’économie créative redessinent les contours de la croissance, certains profils s’imposent par leur capacité à bâtir des passerelles inédites entre les peuples, les savoir-faire et les territoires. Aziz Agbo-Panzo appartient à cette catégorie de bâtisseurs discrets mais décisifs. À la tête de COWAF, qu’il a fondé en 2012, il s’est donné pour mission de faire de la gastronomie africaine bien plus qu’un art de vivre : un espace de rencontre, de valorisation identitaire, de transmission intergénérationnelle et d’impact économique.
Son parcours frappe d’abord par sa singularité. Formé aux États-Unis, titulaire d’un Bachelor of Arts en Visual & Performing Arts à la University of South Florida, puis d’un master en Higher and Postsecondary Education à Arizona State University, Aziz Agbo-Panzo a construit une trajectoire où se croisent le leadership éducatif, la gestion institutionnelle, l’engagement communautaire et la promotion culturelle. Avant de devenir un acteur reconnu de l’événementiel culinaire en Afrique de l’Ouest, il a longtemps évolué dans l’univers académique américain, notamment à Arizona State University, où il a occupé plusieurs fonctions à responsabilité dans l’accompagnement des étudiants, la gestion de crise, la vie résidentielle et l’engagement international.
Cette expérience n’a rien d’anecdotique. Elle a forgé chez lui une compréhension fine des dynamiques humaines, des questions d’inclusion, de la gestion des communautés et de la conception de programmes à forte valeur sociale. En tant qu’Assistant Director for International Student Engagement, il a travaillé à développer des initiatives favorisant l’intégration, la diversité culturelle et le dialogue interculturel. Il a également supervisé des équipes, piloté des budgets, analysé des données de participation et conçu des programmes destinés à renforcer le sentiment d’appartenance et l’engagement des publics. Ce socle professionnel a manifestement nourri sa vision entrepreneuriale actuelle.
Car chez Aziz Agbo-Panzo, l’événementiel n’est jamais simplement logistique. Il relève d’une mise en récit, d’une architecture de l’expérience et d’une stratégie de connexion entre les individus, les marques, les institutions et les patrimoines. Avec COWAF, il a su transformer cette approche en proposition de valeur claire. L’entreprise s’est positionnée comme un expert de l’événementiel culinaire, en imaginant et en déployant des concepts capables de célébrer les saveurs locales tout en fédérant passionnés de cuisine, artisans, professionnels et partenaires institutionnels. De Dakar Night Market aux différentes Promenades Culinaires, ses initiatives ont progressivement installé une nouvelle manière de penser la gastronomie africaine : non plus comme un simple héritage à conserver, mais comme un capital culturel vivant, créatif et économiquement mobilisable.
Cette vision trouve un écho particulier dans des pays comme le Sénégal, le Bénin ou la Côte d’Ivoire, où la cuisine occupe une place centrale dans la vie sociale, l’identité collective et l’attractivité touristique. En structurant des événements qui mettent en scène les produits, les savoir-faire, les recettes et les acteurs des filières, Aziz Agbo-Panzo contribue à faire émerger un véritable écosystème. Il valorise les talents, soutient les artisans, crée des espaces de visibilité pour les entrepreneurs du goût et participe à l’affirmation d’une hospitalité africaine contemporaine, confiante dans ses racines et ouverte à l’innovation.
L’une des forces de son projet réside justement dans cette capacité à articuler tradition et modernité. COWAF ne se contente pas de célébrer le patrimoine culinaire. La plateforme imagine des formats innovants, tisse des collaborations avec des ministères et des acteurs clés, et inscrit la cuisine dans des logiques plus larges de diplomatie culturelle, d’éducation et de développement territorial. À travers des dispositifs comme COWAF Kids, Aziz Agbo-Panzo révèle une autre dimension de son engagement : la transmission. Éduquer les plus jeunes aux richesses culinaires locales, leur apprendre à reconnaître la valeur des traditions et éveiller leur curiosité autour des produits et pratiques alimentaires constitue, à bien des égards, un investissement stratégique dans le futur.
Cette orientation pédagogique n’est pas surprenante au regard de son parcours. Toute sa carrière témoigne d’une même constante : créer des environnements propices à l’apprentissage, à l’engagement et à l’épanouissement collectif. Dans le monde universitaire américain, il a accompagné des étudiants dans leurs trajectoires académiques et personnelles, géré des situations sensibles, encadré des équipes et contribué à des dispositifs de soutien, de formation et de médiation. Dans l’univers entrepreneurial africain, il transpose ces compétences à un autre terrain, celui de la culture et de l’expérience, avec une ambition tout aussi structurante.
Au fond, Aziz Agbo-Panzo incarne une figure encore trop peu mise en lumière dans les récits économiques africains : celle du créateur d’écosystèmes culturels. Son travail rappelle que la gastronomie n’est pas périphérique dans les stratégies de développement. Elle touche à l’agriculture, au tourisme, à l’artisanat, à l’événementiel, à l’éducation, à l’image des territoires et à la consommation locale. Elle peut générer de la valeur, créer des emplois, inspirer des vocations et renforcer le rayonnement d’un pays. En faisant de la cuisine une plateforme de partage et de découverte, il contribue ainsi à repositionner un pan entier de l’économie créative ouest-africaine.
Son parcours est également celui d’un homme de circulation et de synthèse. Entre les États-Unis et l’Afrique, entre l’univers institutionnel et l’entrepreneuriat, entre la pédagogie et la création d’événements, il a appris à relier des mondes qui dialoguent rarement avec autant de fluidité. Cette capacité à naviguer entre plusieurs sphères lui permet aujourd’hui de bâtir des initiatives crédibles, accessibles et ambitieuses, à la croisée des cultures et des opportunités.
À travers COWAF, Aziz Agbo-Panzo ne vend pas seulement des événements. Il construit une scène. Une scène où les cuisines africaines se racontent, se réinventent et se revendiquent comme des patrimoines de valeur. Une scène où les acteurs locaux peuvent se rencontrer, collaborer et grandir. Une scène, enfin, où la culture devient un langage économique à part entière.
Dans une Afrique qui cherche de plus en plus à mieux raconter ses forces, ses richesses et ses singularités, le parcours d’Aziz Agbo-Panzo apparaît comme une démonstration convaincante. Celle qu’un projet culturel bien pensé peut devenir un projet de société. Et que derrière une expérience culinaire réussie peut se jouer quelque chose de beaucoup plus profond : la fierté d’un héritage, la transmission d’une mémoire et la promesse d’une économie plus enracinée.
Mérimé Wilson



