Dr Seydou Bocoum, l’intellectuel de la donnée qui veut réconcilier standards, souveraineté économique et innovation

Il y a des trajectoires qui racontent une époque. Celle du Dr Seydou Bocoum dit quelque chose de très contemporain sur le Sénégal : un pays qui débat de sa souveraineté financière, accélère sa transformation digitale, mais cherche encore l’équilibre entre innovation, régulation et justice sociale. Économiste hétérodoxe, professeur, entrepreneur technologique, et désormais membre de comité au sein de l’ISO (International Organization for Standardization), Dr Bocoum incarne ce profil rare : un homme de chiffres qui refuse la pensée automatique, un technologue qui parle monnaie, et un universitaire qui s’assume dans l’espace public.
Dans les médias sénégalais, sa voix s’est imposée par une signature : la capacité à déconstruire, avec méthode, les “évidences” économiques. Sur la dette, les taxes, le rôle du FMI, ou les promesses des plans de redressement, il prend le risque de contredire l’air du temps, non par posture, mais par conviction analytique. Plusieurs interventions publiques récentes le présentent comme un expert financier et un économiste critique des modèles dominants, appelant à une lecture plus lucide des contraintes macroéconomiques et des dépendances extérieures.
Des États-Unis à Dakar : la culture du service, puis la rigueur de la finance et des systèmes
Avant d’être un nom associé au débat économique sénégalais, Seydou Bocoum a connu l’école de l’Amérique pragmatique : celle des opérations, de la relation client, de la performance mesurée au quotidien. Entre Atlanta et d’autres expériences, il évolue dans des univers exigeants (e-commerce, aérien, services), où l’on apprend à traiter le réel sans fard : gérer des équipes, absorber des volumes, résoudre des incidents, et tenir des standards.
Cette culture, souvent invisible dans les biographies “académiques”, devient chez lui un marqueur : l’obsession des process, des indicateurs, du résultat. À cette base, il ajoute une montée en puissance en finance (MBA) et en systèmes d’information, qui structure une identité professionnelle hybride : comprendre les flux (financiers et logistiques), mais aussi les architectures (data, big data, cybersécurité, IoT).
L’universitaire “terrain” : le laboratoire, la salle de classe, et l’espace public
De retour au Sénégal, Dr Bocoum s’ancre à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, au cœur d’un dispositif de recherche tourné vers les enjeux monétaires et économiques. Il y mène un parcours doctoral et assume des responsabilités au sein du LAREM (Laboratoire de Recherches Économiques et Monétaires), présenté dans plusieurs sources comme un espace de réflexion sur les dynamiques monétaires, l’économie et les choix de politiques publiques.
Parallèlement, il investit l’enseignement dans des écoles et institutions de référence : économie digitale, transformation digitale, big data, business… Son profil de professeur n’est pas celui d’un spécialiste enfermé dans une niche : il transmet des outils concrets (données, transformation, modèles), et relie systématiquement la technologie aux questions de gouvernance, de marché et de souveraineté.
Cette posture pédagogique nourrit sa présence dans le débat public. On le retrouve commentant les notations, les politiques fiscales, les plans gouvernementaux, ou la soutenabilité de la dette, avec un point constant : on ne réforme pas un pays à coups de slogans, il faut une architecture économique cohérente et un récit crédible.
L’économiste hétérodoxe : contester le “logiciel” dominant
Le qualificatif d’“économiste hétérodoxe” revient souvent lorsqu’il est invité à analyser l’actualité. Ce mot, loin d’être décoratif, résume une ligne : Dr Bocoum interroge les paradigmes hérités, notamment ceux associés aux prescriptions standardisées (austérité, fiscalité comme solution universelle, dépendance au financement externe), et plaide pour un modèle plus endogène, plus stratège, et socialement lisible.
Dans ses analyses relayées par la presse, il remet en cause l’idée que l’économie se “redresse” mécaniquement par l’impôt, et critique les promesses de redressement lorsqu’elles ne s’appuient pas sur un cadrage macroéconomique solide et des hypothèses réalistes.
Sur la question de la dépendance financière, il a également défendu l’idée que le Sénégal peut élargir l’éventail de ses options, réduire certains réflexes, et construire davantage de marges internes: un débat sensible, mais central pour la prochaine décennie.
SeyIOT : l’ambition d’un pont entre Industrie 4.0, data et création de valeur
L’autre facette de Dr Bocoum, plus entrepreneuriale, se cristallise autour de SeyIOT, qu’il fonde et dirige. Le choix de l’IoT (Internet of Things) n’est pas anodin : c’est le cœur de l’économie des capteurs, de la traçabilité, de l’optimisation énergétique, de la maintenance prédictive, et plus largement de la modernisation des chaînes de valeur.
Dans un pays qui veut industrialiser, optimiser ses services urbains, sécuriser ses infrastructures, et digitaliser ses systèmes, l’IoT n’est pas un gadget : c’est un levier de compétitivité. L’intérêt de Dr Bocoum pour la big data, la cybersécurité, les systèmes et la finance dessine ici une vision intégrée : la donnée n’a d’impact que si elle devient décision, et la décision n’est durable que si elle respecte des normes, une sécurité, et une gouvernance.
L’ISO, ou la bataille des standards : être à la table où se fixe la règle du jeu
Depuis novembre 2024, Dr Bocoum siège comme membre de comité au sein de l’ISO. À première vue, cela peut sembler technique. En réalité, c’est stratégique.
Les normes structurent l’économie mondiale : qualité, interopérabilité, sécurité, conformité, confiance. Pour les pays africains, la question n’est plus seulement de “suivre” les standards, mais de participer à leur construction afin que les réalités des marchés émergents, les contraintes d’infrastructures, et les ambitions industrielles soient mieux intégrées.
En rejoignant un espace ISO, Dr Bocoum s’inscrit dans cette logique d’influence par la règle. L’ISO rappelle que ses comités techniques sont précisément l’endroit où se discutent les standards et leurs évolutions, comité par comité.
Pour un pays comme le Sénégal, chaque voix qui compte dans ces arènes contribue, indirectement, à réduire la distance entre innovation locale et acceptabilité internationale.
Entre finance du commerce et économie digitale : un profil “transversal” rare
Son passage comme consultant en trade finance, combiné à l’enseignement de l’économie digitale, illustre un fil rouge : la volonté de comprendre la finance “réelle” (celle des entreprises, du commerce, des instruments) tout en anticipant la finance “nouvelle”, celle des plateformes, des données, des infrastructures numériques et des mutations monétaires.
C’est d’ailleurs dans ces zones de friction qu’on retrouve ses prises de position les plus attendues : monnaies numériques, avenir des banques commerciales, et transformation du système financier. Sur ces sujets, des articles le présentent comme spécialiste des dynamiques monétaires liées aux innovations (notamment autour des monnaies numériques de banque centrale) et intervenant sur l’avenir du secteur bancaire face aux ruptures.
Une constante : l’économie comme affaire de souveraineté, mais aussi de justice
Au-delà des concepts, Dr Bocoum revient souvent à une même préoccupation : l’impact social. Dans son engagement municipal (présidence de commission à la Ville de Dakar, avec une mission explicitement orientée vers la protection des droits des minorités), il rappelle que la performance économique n’a de sens que si elle s’adosse à une boussole civique.
C’est peut-être ce mélange (data et dignité, rigueur financière et responsabilité publique) qui fait sa singularité. Dans une époque saturée de “buzzwords”, il construit une ligne : parler technique sans oublier l’humain, contester sans caricaturer, proposer sans vendre des illusions.
Ce que son parcours dit du Sénégal qui vient
Le Sénégal qui vient aura besoin de trois choses : des compétences mondiales, une capacité à produire localement, et une intelligence institutionnelle sur les normes, la régulation et la gouvernance. Dr Seydou Bocoum est l’un de ces profils qui circulent entre ces trois mondes : l’international (États-Unis, ISO), l’université (recherche, enseignement), et la cité (débat public, engagement).
Son parcours raconte surtout une idée simple : la transformation n’est pas qu’une affaire de technologie, ni seulement de budget. Elle est aussi une affaire de modèles, de règles, de souveraineté intellectuelle et de courage analytique.
Mérimé Wilson



