Mame Astou Ndiaye, de la fabrique des institutions à la ferme moderne : l’ambition CoQo, poulets 100 % locaux

Il y a des trajectoires qui racontent un pays autant qu’une personne. Celle de Mame Astou Ndiaye appartient à cette génération de cadres et d’entrepreneures qui ont compris une chose essentielle : la souveraineté économique ne se décrète pas, elle se construit, filière par filière, métier par métier, maillon par maillon. Depuis Dakar, elle avance avec une obsession tranquille : rendre l’aviculture plus accessible, plus professionnelle et plus durable, sans renoncer à la qualité, ni à l’ancrage local.
À la tête de Les poulets CoQo, qu’elle a fondée et qu’elle dirige, Mame Astou Ndiaye porte une vision simple et puissante : produire, distribuer et commercialiser du poulet de chair 100 % local, dans une logique de chaîne de valeur “du terroir à l’assiette”. Sur le site de la marque, elle est présentée comme une fondatrice “visionnaire” et “passionnée d’agriculture durable”, qui porte la mission CoQo.
Mais CoQo n’est pas un coup d’essai. C’est, au contraire, le prolongement naturel d’un parcours fait de rigueur juridique, de discipline RH, d’intelligence partenariale… et d’un engagement très concret pour les circuits de distribution modernes.
Une école de précision : le droit, la méthode et la responsabilité
Avant l’aviculture, il y a eu le droit. Mame Astou Ndiaye a été assistante juridique, puis responsable service juridique, avant d’occuper des fonctions transversales à haute intensité organisationnelle. Cette matrice compte : le droit vous apprend à lire les systèmes, à sécuriser les décisions, à documenter, à anticiper les risques. Autant de réflexes indispensables quand on ambitionne de structurer une activité agricole qui touche à la qualité, à la traçabilité, à la logistique, aux normes, et, in fine, à la confiance.
Sa formation en Relations internationales et management public ajoute une autre couche : la compréhension des politiques publiques, des leviers institutionnels, et de l’intérêt général. Ce n’est pas anodin dans un secteur où la question alimentaire croise la question économique, sociale et même diplomatique.
La SEMIG, ou l’apprentissage du “terrain stratégique” des chaînes de valeur
L’un des marqueurs forts de son parcours est son passage au Marché d’Intérêt National (MIN) et à la Gare des Gros Porteurs de Diamniadio, via la SEMIG SA. Dans cette structure, Mame Astou Ndiaye a occupé des fonctions RH, puis des responsabilités de coordination, avant de devenir responsable des partenariats, en charge d’alliances structurantes autour du financement, de la logistique, de la commercialisation et de la digitalisation.
La SEMIG, de son côté, affiche une ambition claire : fournir un environnement commercial moderne et sécurisé, et contribuer aux objectifs de souveraineté alimentaire. Dans la présentation du MIN, un point frappe : la question de la conservation. Le site rappelle qu’en l’absence d’industrie de stockage et de conservation, les producteurs pouvaient perdre une partie significative de leur production, et que le MIN vise justement à répondre à cet enjeu, avec des entrepôts, des services logistiques et des infrastructures de froid.
Pour une future entrepreneure de l’aviculture, cette expérience est presque une “prépa” grandeur nature. Comprendre comment circulent les marchandises. Voir où se perd la valeur. Mesurer ce que coûte une rupture de chaîne du froid. Observer comment se négocie un partenariat, comment se crédibilise un projet, comment se construit une visibilité institutionnelle. C’est une école de réalité.
MANDOUGOU, la proximité comme conviction économique
En parallèle, Mame Astou Ndiaye pilote des activités autour de la foire agroalimentaire MANDОUGOU, pensée comme un espace de commercialisation et de proximité des produits locaux, avec une promesse d’accessibilité pour les ménages. Là encore, la logique est cohérente : si l’on veut transformer l’agriculture, il faut aussi transformer l’accès au marché, et donc la manière dont l’offre locale rencontre la demande urbaine, au bon prix, au bon moment, avec la bonne qualité.
Ce fil rouge (proximité, structuration, accessibilité) deviendra l’un des piliers de CoQo.
CoQo, l’aviculture comme projet de méthode, pas comme intuition
Décembre 2025. Mame Astou Ndiaye fonde Les poulets CoQo à Dakar. Le positionnement est clair : du poulet de chair 100 % local, produit et commercialisé avec une ambition de modernisation de la filière et de valorisation des savoir-faire nationaux. CoQo se présente comme une marque sénégalaise engagée pour une aviculture “moderne, durable et accessible”, et met en avant son équipe ainsi que sa fondatrice.
Ce qui frappe dans l’histoire de CoQo, c’est le choix de ne pas opposer l’ambition et la simplicité. Le poulet est un produit du quotidien, consommé par toutes les catégories sociales. Mais c’est aussi un produit hautement stratégique : il touche à la nutrition, au pouvoir d’achat, à l’emploi, à la sécurité sanitaire, à la capacité d’un pays à produire ce qu’il consomme.
En misant sur le local, Mame Astou Ndiaye s’inscrit dans une dynamique de revalorisation des filières nationales. En misant sur la professionnalisation, elle assume une idée parfois sous-estimée : la compétitivité agricole se joue autant dans l’élevage que dans l’organisation, la planification, la distribution et la confiance client.
Le leadership d’une bâtisseuse : relier les mondes qui s’ignorent
Un projet avicole ne se résume pas à “élever et vendre”. Il faut relier des mondes qui, souvent, se parlent mal : les producteurs, les fournisseurs d’intrants, les transporteurs, les revendeurs, les ménages, les restaurateurs, et parfois les institutions. Il faut faire cohabiter l’exigence de qualité et les contraintes de coût. Il faut sécuriser les volumes, éviter les ruptures, gérer la saisonnalité, anticiper les pics de demande.
C’est précisément là que le profil de Mame Astou Ndiaye se distingue. Son parcours lui donne une rare capacité à tenir ensemble trois dimensions.
La première est l’exécution. Les fonctions RH et de coordination lui ont appris la discipline des processus, l’organisation d’équipe, la capacité à faire tourner une machine sans bruit.
La deuxième est la négociation. Les partenariats exigent une grammaire de confiance, une capacité à aligner des intérêts et à formaliser des engagements. Dans les filières agroalimentaires, cette compétence est de l’or.
La troisième est l’impact social. Elle s’implique dans des dynamiques communautaires et associatives, et porte une sensibilité visible à ce que l’activité économique peut représenter pour les familles et les territoires.
“Mon premier cadeau pour ma mère” : l’intime comme moteur d’excellence
Une phrase, glissée comme une confidence, éclaire le reste : “C’est mon premier cadeau pour ma mère.” Dans un univers économique parfois obsédé par les métriques et les effets d’annonce, cette déclaration rappelle une vérité profonde : beaucoup de projets africains sont aussi des histoires de transmission, de dignité, de réparation, et de fierté.
Cette dimension intime n’affaiblit pas le projet. Elle le renforce. Parce qu’elle impose un niveau d’exigence supérieur : on ne construit pas pour impressionner, on construit pour durer, et pour honorer.
Ce que CoQo raconte du Sénégal qui avance
À travers CoQo, Mame Astou Ndiaye raconte un Sénégal qui veut mieux maîtriser ses chaînes de valeur. Un Sénégal où les infrastructures logistiques comme le MIN de Diamniadio, pensé pour la conservation et la commercialisation dans de meilleures conditions, deviennent des leviers de transformation réelle. Un Sénégal où l’agroalimentaire n’est plus un “secteur traditionnel”, mais un terrain d’innovation, de structuration, et d’entreprises ambitieuses.
CoQo n’en est qu’au début. Mais l’orientation est nette : professionnaliser, rendre accessible, et prouver que le local peut être synonyme de qualité, de régularité et de confiance.
Et si l’aviculture est souvent racontée par les chiffres, les politiques et les importations, l’histoire de Mame Astou Ndiaye rappelle qu’une filière se change aussi par les personnes : celles qui savent relier les institutions au terrain, la méthode à l’impact, et l’ambition à la proximité.
C’est peut-être cela, au fond, la promesse CoQo : un poulet local, oui, mais surtout une nouvelle manière de construire de la valeur au Sénégal, avec sérieux, avec cœur, et avec méthode.
Mérimé Wilson



