Meïssa Tall, l’ingénieur devenu stratège des industries et des mutations économiques africaines

Meïssa Tall appartient à cette catégorie rare de dirigeants du conseil qui combinent une colonne vertébrale d’ingénieur, une culture de la performance industrielle et une lecture fine des transformations à grande échelle. Sénégalais, formé à l’École Polytechnique de Thiès, puis à CentraleSupélec (MS 91 en Génie industriel), il a construit, sur plus de trois décennies, une trajectoire d’associé au sein des plus grandes maisons du conseil, au contact direct des directions générales, des industries lourdes et des marchés en mutation.
Son parcours n’est pas une succession de postes. C’est une montée en puissance cohérente, centrée sur un même cœur de métier : piloter la transformation, sécuriser l’exécution et créer de la valeur durable dans des environnements complexes.
Une formation d’ingénieur qui structure le leadership
À l’École Polytechnique de Thiès (1985–1990), Meïssa Tall acquiert l’ADN des bâtisseurs : rigueur, sens du système, logique de terrain. Il prolonge ensuite cette base technique à CentraleSupélec (1990–1991) avec un MS 91 en Génie industriel, un socle qui le prépare à traiter la performance comme une discipline complète : organisation, processus, qualité, productivité, investissement, management.
Cette double formation explique une constante de son profil : il parle stratégie, mais il sait où la stratégie échoue le plus souvent, dans l’usine, dans la chaîne de valeur, dans la conduite du changement, dans la discipline d’exécution.
L’apprentissage par l’industrie : Otis, la culture du concret
Sa carrière démarre chez Otis en 1992, où il occupe des fonctions de management orientées marché et qualité sur un périmètre Europe, Afrique et Moyen-Orient. Ce passage est fondateur : il l’immerge dans la réalité industrielle, dans les exigences de qualité, dans l’analyse des besoins, dans la relation entre produit, service et performance opérationnelle. C’est là qu’il ancre un réflexe qui ne le quittera plus : décider avec des données, structurer avec des méthodes, améliorer avec discipline.
Le saut dans le conseil de direction : Deloitte Consulting, puis la montée en puissance
Il rejoint ensuite Deloitte Consulting en 1998 comme Partner, avec une spécialisation forte sur l’automotive et le CRM, notamment en France. Cette période le positionne déjà au niveau où se jouent les arbitrages structurants : transformation commerciale, relation client, organisation, stratégie de croissance, alignement business et opérations.
Ce n’est pas un simple épisode. C’est le moment où Meïssa Tall se fixe une identité claire : accompagner les grands acteurs industriels et les grands groupes dans des transformations qui touchent à la fois le business model, les systèmes et les femmes et les hommes.
Kurt Salmon : la décennie qui forge la stature internationale
À partir de novembre 2003, il rejoint Kurt Salmon où il occupera, jusqu’en mars 2016, des responsabilités de premier plan pendant 12 ans et 5 mois. Il y assume des rôles de leadership sectoriel sur l’automotive et la pharma, et devient Managing Partner Morocco, renforçant sa dimension panafricaine et son expérience de gouvernance sur des marchés stratégiques.
Cette séquence est centrale : elle marque son installation durable au niveau des associés qui dirigent des pratiques, développent des équipes, conduisent des portefeuilles internationaux et portent des transformations critiques pour des clients majeurs.
Deloitte France : l’associé qui structure les pratiques industrielles et l’ancrage Afrique
En avril 2016, Meïssa Tall revient chez Deloitte France en tant que Partner, poste qu’il occupe jusqu’en novembre 2024. Il y dirige des pratiques clés : Manufacturing/Automotive, puis Manufacturing/Lifescience & Chemistry. Il contribue également au co-développement des activités de conseil en Afrique, ce qui traduit une mission précise : renforcer les capacités, structurer l’offre, faire grandir l’ambition continentale dans la dynamique des grands cabinets.
Ici, sa valeur ne se limite pas à la production de missions. Elle se situe au niveau de la structuration : bâtir des pratiques, faire émerger des expertises, aligner le développement business avec la qualité de delivery, et installer des standards capables de rivaliser au niveau mondial.
KPMG : l’autorité sur l’Advisory Afrique
Depuis octobre 2019, Meïssa Tall est Partner chez KPMG. Il y porte une responsabilité sectorielle stratégique : Advisory Head of Automotive, Pharma and Key Industrial Clients. Il intervient donc sur des industries où la complexité est élevée, les chaînes de valeur longues, les investissements massifs, les risques réglementaires significatifs, et la concurrence mondiale permanente.
En octobre 2024, il est nommé Head of Advisory KPMG Afrique, une fonction qu’il exerce aujourd’hui. Basé dans une logique hybride entre Paris, Casablanca et Dakar, il pilote l’activité de conseil sur un périmètre africain, avec les compétences attendues à ce niveau : leadership, stratégie business, transformation, construction d’offres, gouvernance, et capacité à engager des résultats.
Dans un cabinet comme KPMG, un poste de Head of Advisory n’est pas honorifique. C’est une responsabilité de pilotage : décider des priorités, organiser les équipes, porter la crédibilité auprès des clients, sécuriser la qualité, accélérer la croissance, et traduire la vision en exécution.
Ce que Meïssa Tall incarne pour le Sénégal
Le profil de Meïssa Tall est celui d’un Sénégalais qui a conquis l’exigence des standards internationaux sans perdre le lien avec les enjeux africains. Son parcours raconte une leçon simple : la transformation n’est pas un slogan, c’est une mécanique. Elle exige méthode, discipline, leadership, et capacité à tenir la durée.
Il incarne aussi une forme d’influence utile : celle des dirigeants de la diaspora qui ne se contentent pas de commenter l’Afrique, mais qui contribuent à construire des capacités, à structurer des organisations, à élever les pratiques, et à ouvrir des portes aux écosystèmes du continent.
Dans un moment où les économies africaines cherchent à industrialiser, à créer plus de valeur localement, à moderniser leurs services, à renforcer leur compétitivité et à sécuriser leurs trajectoires, des profils comme Meïssa Tall comptent. Parce qu’ils savent faire ce qui est le plus difficile : transformer sans casser, accélérer sans improviser, et obtenir des résultats mesurables.
Mérimé Wilson



