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Ndeye Yacine Diagne, l’auditrice devenue cheffe d’orchestre des chaînes de valeur agricoles

Elle vient d’un univers où la rigueur fait loi : l’audit. Tableaux de bord, contrôle interne, gestion des risques, conformité… Pendant six ans, Ndeye Yacine Diagne a forgé ses réflexes professionnels chez Deloitte Sénégal puis Amsa Assurance. Un terrain exigeant, où l’on apprend à lire entre les lignes, à détecter les failles, à sécuriser les décisions. Mais c’est ailleurs que son parcours prend une inflexion décisive : au contact d’un projet éducatif, au sein d’EPI SA, où elle découvre l’agriculture non pas comme une simple activité, mais comme un système complet, vivant, complexe, et profondément stratégique pour le Sénégal.

Cette bascule, elle ne la raconte pas comme une rupture, mais comme une continuité : passer de l’analyse des risques financiers à la réduction des risques agricoles ; passer de la performance des organisations à la performance des exploitations et des filières ; passer de la maîtrise des chiffres à l’orchestration d’un écosystème où chaque maillon compte.

De l’audit à l’agriculture : le même langage, celui du risque et de la performance

L’audit n’est pas seulement un métier technique. C’est une école de méthode, un entraînement à la précision et à l’anticipation. Chez Ndeye Yacine Diagne, cette formation initiale devient un socle : savoir diagnostiquer, structurer, recommander, suivre l’exécution. Dans un pays où beaucoup de projets agricoles se heurtent à l’informel, à l’impréparation ou à l’accès difficile au marché, ces compétences prennent une valeur particulière.

Quand elle découvre l’agriculture, elle n’y voit pas un secteur “traditionnel”. Elle y voit une chaîne de valeur à organiser, à optimiser, à sécuriser. Et surtout, elle y voit des porteurs de projets (jeunes, femmes, entrepreneurs, investisseurs) qui ont besoin d’outils, d’accompagnement, de méthode, et d’une présence de terrain capable de transformer une ambition en activité viable.

IMAGE SARL : transmettre les métiers, professionnaliser les ambitions

En 2021, elle franchit un premier cap entrepreneurial en cofondant avec deux associés IMAGE SARL (Institut des Métiers de l’Agriculture et de l’Entrepreneuriat), lauréat du programme Activ’Invest. Le nom dit l’essentiel : former, structurer, professionnaliser. Là où beaucoup abordent l’agriculture par l’intuition ou la seule motivation, l’approche de Ndeye Yacine Diagne met l’accent sur les compétences, la discipline de gestion, l’organisation et la compréhension des marchés.

Ce passage par une structure axée sur les métiers et l’entrepreneuriat agit comme un révélateur : ce qui manque le plus aux initiatives agricoles, ce n’est pas seulement le financement ; c’est souvent l’architecture du projet, la préparation, l’accès à l’information, la gestion des risques, et la capacité à tenir dans le temps.

Agrimage : un cabinet pour “dé-risquer” toute la chaîne de valeur

En 2022, elle fait un choix fort : se lancer seule et fonder AGRIMAGE, cabinet de conseil et d’accompagnement agricole, actif “sur toute la chaîne de valeur”. Son ambition est claire : orchestrer cette chaîne, l’optimiser et la dé-risquer grâce à une présence tout au long du processus, afin de faciliter l’accès au marché pour tous les porteurs de projets agricoles.

Dans un contexte où le mot “agriculture” recouvre des réalités très différentes (production, transformation, stockage, logistique, commercialisation) Agrimage se positionne comme une structure d’accompagnement globale : comprendre le projet dans sa totalité, diagnostiquer ses fragilités, renforcer ses points clés, et sécuriser les étapes décisives.

Cette idée de “dé-risquer” est centrale. Elle renvoie à une réalité bien connue des entrepreneurs : on peut produire, mais ne pas vendre ; investir, mais mal planifier ; se lancer, mais sous-estimer les contraintes techniques ; obtenir un marché, mais ne pas assurer la qualité et la régularité. Agrimage veut intervenir précisément dans ces zones de rupture où tant de projets s’épuisent.

Au fond, Ndeye Yacine Diagne transpose au monde agricole une logique d’auditrice : identifier les risques, structurer les procédures, fiabiliser les décisions, anticiper les défaillances, mais avec une boussole supplémentaire : l’impact économique et social.

L’impact social comme prolongement naturel : Agrimage et la réinsertion des femmes détenues

Chez elle, l’entrepreneuriat n’est pas un exercice solitaire. C’est un outil de transformation. Désireuse d’avoir un impact sur les femmes et sa communauté, elle lance le volet RSE d’Agrimage avec une mission singulière et profondément humaine : accompagner les femmes détenues de la Maison d’arrêt et de correction des femmes de Rufisque, en les formant à l’entrepreneuriat agricole, afin de leur permettre, à l’issue de leur peine, de se réinsérer socio-professionnellement dans l’agriculture.

Cette initiative dit beaucoup de sa vision : l’agriculture comme passerelle. Une activité capable de redonner une compétence, une autonomie, une dignité, une perspective. Là où d’autres voient une population “invisible”, elle voit des femmes qui peuvent redevenir actrices de leur vie économique, à condition qu’on leur donne les bons outils : des savoir-faire, une méthodologie, et une projection réaliste.

Dans un pays où la réinsertion est un enjeu social majeur, et où la vulnérabilité économique touche fortement les femmes, ce programme RSE prend une dimension symbolique : l’agriculture n’est pas seulement un secteur productif, elle peut devenir un espace de reconstruction.

L’État comme terrain d’impact : deux années au cœur du développement du secteur privé

Son parcours ne se limite pas au privé. Pendant deux ans, elle partage son espace professionnel entre Agrimage et la Direction du Développement du Secteur Privé (DDSP), au sein du Ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération. Elle y intervient d’abord comme consultante, puis comme chargée de projet sur des initiatives à fort impact.

Parmi ses missions : la supervision de fiches “créneaux porteurs”, conçues pour permettre à des investisseurs d’être mieux outillés avant de se lancer dans une nouvelle activité entrepreneuriale. Ici encore, on retrouve sa logique : réduire l’incertitude, donner de la visibilité, structurer l’information pour améliorer la décision d’investissement.

Ce passage par l’action publique enrichit sa compréhension des dynamiques économiques : comment se construisent les priorités, comment se traduisent les politiques en projets, comment s’organisent les écosystèmes d’accompagnement. Et surtout : comment on peut articuler initiative privée et intérêt général, sans perdre l’efficacité.

Depuis 2025 : le choix du focus, la discipline de la croissance

La trajectoire de Ndeye Yacine Diagne est marquée par une tension positive : impacter large, mais construire solide. Elle le dit sans détour : malgré sa volonté d’impacter au-delà des limites d’Agrimage, elle fait le choix de se concentrer sur le développement d’Agrimage pour 2025.

Ce choix est révélateur d’un leadership mature : savoir prioriser. À l’heure où beaucoup d’entrepreneurs se dispersent entre opportunités et sollicitations, elle opte pour la consolidation : renforcer l’offre, structurer l’exécution, augmenter la capacité d’accompagnement, ancrer l’impact dans la durée.

C’est aussi une lecture stratégique du moment : l’agriculture attire de plus en plus de porteurs de projets, mais le marché reste exigeant. Se différencier ne se joue pas sur les promesses, mais sur la capacité à livrer : des modèles viables, des résultats mesurables, une présence continue, et des solutions adaptées à la réalité des filières.

Une passion devenue métier, un métier devenu mission

Ndeye Yacine Diagne le formule simplement : l’agriculture est une nouvelle passion. Mais chez elle, la passion n’est pas une émotion, c’est une direction. Sa volonté “d’inviter un grand nombre de personnes à s’y intéresser et à en vivre” résume sa mission : ouvrir le champ des possibles, montrer que l’agriculture peut être un projet de vie économique, pas seulement une activité de survie.

Dans son parcours, il y a une cohérence rare :

  • la rigueur de l’audit mise au service d’un secteur réel, concret, vital ;
  • la création d’entreprise comme réponse aux défis d’exécution ;
  • l’engagement social comme prolongement naturel de l’impact ;
  • l’expérience de l’État comme levier de compréhension et de méthode ;
  • et, depuis 2025, une décision claire : bâtir plus fort pour aller plus loin.

Ndeye Yacine Diagne incarne une nouvelle génération d’actrices économiques sénégalaises : celles qui ne se contentent pas de “parler agriculture”, mais qui la structurent, la sécurisent, et la rendent accessible à d’autres. Une cheffe d’orchestre de la chaîne de valeur, convaincue qu’un projet agricole ne doit pas seulement démarrer : il doit durer, croître, et créer des trajectoires.

Mérimé Wilson

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