CEO LEGEND

Pathé Dione – L’homme qui a assuré l’avenir de l’Afrique

Il y a des hommes dont la disparition ne clôt pas une histoire, mais en ouvre de nouvelles.
Le 12 janvier 2023, dans le silence feutré d’un hôpital parisien, Pathé Dione s’éteint à 81 ans. La nouvelle traverse les places financières, les sièges d’assurances, les ministères, les salons feutrés de Dakar à Lomé. Tous savent que l’Afrique vient de perdre bien plus qu’un capitaine d’industrie. Elle perd un architecte de souveraineté économique, un stratège de la finance qui a su allier la rigueur des chiffres à l’âme d’un bâtisseur.

De la craie au capital

Né au début des années 1940, dans un Sénégal encore sous influence coloniale, Pathé Dione grandit dans un contexte où l’avenir se mesure plus souvent à la distance qui sépare un rêve de la réalité qu’aux opportunités offertes. Il choisit d’abord l’enseignement, armé d’une passion presque viscérale pour les mathématiques. Les chiffres comme langage universel, la pédagogie comme mission.

Mais derrière le tableau noir, une intuition mûrit : pour transformer le destin d’un continent, il ne suffit pas de former des esprits ; il faut leur donner les outils financiers pour agir. L’enseignant va alors devenir assureur — non pas pour vendre des polices, mais pour bâtir un système.

L’école des géants

Il rejoint le monde de l’assurance par la grande porte : celle des multinationales occidentales. Au fil de sa carrière, il gravit les échelons, apprend les rouages, comprend les codes. C’est à cette époque qu’il côtoie des figures comme Claude Bébéar, alors patron d’AXA, qui deviendra un soutien stratégique. Ce compagnonnage n’est pas celui d’un simple cadre ambitieux ; c’est une école de gouvernance, de vision à long terme et de gestion des risques à l’échelle globale.

1998 : SUNU, le pari panafricain

En 1998, le moment de vérité arrive. L’Afrique vit une mutation silencieuse : ouverture économique, réformes financières, essor d’une classe moyenne. Mais dans le secteur de l’assurance, la dépendance aux capitaux et aux décisions étrangères demeure.
Pathé Dione fonde alors SUNU Finances — qui deviendra le Groupe SUNU — avec une idée simple et radicale : offrir à l’Afrique ses propres instruments d’assurance et d’épargne. Ce n’est pas seulement un lancement d’entreprise, c’est un acte politique et économique.

L’expansion comme art de la connexion

En 25 ans, SUNU s’étend dans 17 pays africains, couvre des millions de clients, emploie près de 4 000 personnes et affiche des revenus dépassant les 200 milliards de FCFA en 2020. Le groupe devient leader de l’assurance-vie dans la zone CIMA, tout en se diversifiant dans la banque, culminant en 2022 avec l’acquisition majoritaire de la BICIS au Sénégal auprès de BNP Paribas.
Ce succès n’est pas une conquête brutale, mais une avancée patiente, bâtie sur la confiance locale, la connaissance fine des marchés et le recrutement de talents africains qu’il forme lui-même.

Leçons de gouvernance

Les grands dirigeants préparent leur sortie comme ils préparent leur entrée : avec méthode.
Dès 2011, Pathé Dione enclenche sa stratégie de succession. En 2022, il nomme Mohamed Bah au poste de Directeur Général et confie à son fils, Karim-Franck Dione, la supervision des zones hors CIMA. Dans cette transition, il y a la marque de l’homme : pas d’improvisation, pas de vacance du pouvoir, mais la certitude que l’entreprise continuera à prospérer au-delà de sa propre vie.

Héritage : un capital immatériel

Parler de son héritage, c’est évoquer des bilans consolidés, des parts de marché, des actifs tangibles. Mais ce serait réducteur. Le vrai legs de Pathé Dione est immatériel :

  • La certitude qu’un groupe africain peut rivaliser avec les plus grands mondiaux.
  • La preuve qu’on peut marier éthique, rentabilité et inclusion.
  • La conviction que la confiance est le capital le plus précieux dans la finance.

Le regard des pairs

Dans les jours qui ont suivi son décès, les hommages affluent. Dirigeants, régulateurs, collaborateurs saluent l’homme « visionnaire », « exigeant mais juste », « bâtisseur d’horizons ». Pour les jeunes entrepreneurs africains, il devient une figure tutélaire : celle qui montre que le succès n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’une discipline, d’une vision et d’une transmission.

Le passeur d’avenir

Pathé Dione ne se définissait pas seulement par ce qu’il possédait, mais par ce qu’il transmettait. Comme tout grand capitaine, il a su arrimer son navire avant la tempête, former son équipage et lui donner un cap qui dépasse sa propre existence.
Aujourd’hui, SUNU navigue toujours, porté par les vents qu’il a su apprivoiser, dans les eaux qu’il a su cartographier.

Et si l’Afrique a perdu un homme, elle a gagné un héritage qui continuera à la protéger, à l’inspirer, et à lui rappeler qu’un rêve africain, lorsqu’il est porté avec rigueur et foi, peut devenir un empire.

Mérimé Wilson

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