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Adama NDIAYE, l’architecte discret de la réassurance au service de la souveraineté économique

Dans l’écosystème financier sénégalais, certains décideurs avancent loin des projecteurs, mais influencent profondément la solidité de l’économie réelle. Adama NDIAYE appartient à cette catégorie rare : technicien aguerri devenu stratège, régulateur passé au marché, et désormais patron d’un acteur clé de la stabilité assurantielle. Directeur Général de la Société Sénégalaise de Réassurances (SENRE) depuis novembre 2019, membre du Bureau Exécutif de l’Association des Assureurs du Sénégal, et Directeur Exécutif du Pool d’Assurance des Risques Pétroliers et Gaziers, il incarne une trajectoire structurée par une obsession : organiser la confiance, renforcer la capacité locale, et faire de l’assurance un véritable levier de développement.

Une formation d’économiste, une carrière de bâtisseur de règles

Le parcours d’Adama NDIAYE se lit comme une progression logique vers le cœur du système. À la base, une culture économique (maîtrise en sciences économiques, option gestion des entreprises, à l’UCAD) et une spécialisation métier (DES en assurances à l’Institut International des Assurances de Yaoundé). Ce double socle (économie et assurance) lui donne une grille de lecture précieuse : l’assurance n’est pas qu’un produit, c’est une infrastructure de sécurité, donc un facteur de croissance.

Très tôt, il met les mains dans le “dur” : contrôle de gestion, puis direction technique et réassurance à La Prévoyance Assurance. Le terrain lui apprend la réalité des portefeuilles, des sinistres, des équilibres techniques, et du coût des mauvaises pratiques.

Le passage par la CIMA, l’école de la discipline systémique

L’une des étapes les plus structurantes de son itinéraire reste son expérience à la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA), où il exerce comme commissaire contrôleur (1996–2004). Dans cet univers, on n’évalue pas une entreprise sur l’intention, mais sur la preuve : provisions, solvabilité, gouvernance, conformité, qualité des données, respect du Code.

Cette période façonne un profil rare en Afrique francophone : un dirigeant qui connaît les exigences du régulateur de l’intérieur, mais aussi les contraintes opérationnelles des compagnies. C’est souvent là que naît sa marque : une approche rigoureuse de la gestion des risques, sans perdre de vue les réalités commerciales.

Aveni-Re, AMSA, SENRE : l’ascension par la technique et la gouvernance

Après la régulation, Adama NDIAYE bascule dans l’ingénierie de la réassurance privée en rejoignant AVENI-RE en Côte d’Ivoire, où il contribue à la structuration de l’entreprise, à la recherche de sécurités, à l’outillage de la performance, et à l’ancrage d’une culture de contrôle interne et de gestion intégrée des risques.

De retour au Sénégal, il préside ensuite le Conseil d’administration d’AMSA Assurances Sénégal (2013–2015), avec une orientation claire : renforcer la gouvernance, professionnaliser le pilotage, moderniser les outils de reporting et aligner l’organisation sur les standards CIMA.

En 2016, il intègre la SENRE comme Directeur Général Adjoint. Là, il conduit des chantiers structurants : politique de souscription, dispositifs de contrôle interne, charte de gouvernance, plan de continuité d’activité, schéma directeur informatique, modernisation du progiciel métier, préparation à la notation, montée en compétence des équipes. Une approche “institutionnelle” de la performance : sécuriser, outiller, standardiser, puis accélérer.

SENRE, une mission stratégique : retenir la valeur, sécuriser l’économie

À la tête de la SENRE depuis 2019, Adama NDIAYE pilote un acteur dont la mission dépasse le secteur : faire en sorte qu’une part plus importante des primes d’assurance reste dans l’économie nationale, limiter les sorties de devises et augmenter les capacités locales de couverture. Dans un entretien, il rappelle l’esprit de création de la SENRE (fondée en 1988) : mettre en place un mécanisme de rétention et d’accompagnement des assureurs locaux, en leur offrant des capacités additionnelles et en réduisant la dépendance aux partenaires extérieurs.

Dans un pays où les projets structurants (infrastructures, énergie, mines, industries, grands risques) exigent des capacités de couverture élevées, la réassurance devient un outil de souveraineté économique. Plus la place sait porter ses propres risques, plus elle conserve de valeur, de savoir-faire, et de marges de manœuvre financières.

Le Pool pétrolier et gazier : la logique du “contenu local” appliquée à l’assurance

L’exploitation pétrolière et gazière impose une nouvelle échelle de risque. Face à cela, le Sénégal a vu émerger un dispositif collectif : un pool de coassurance et de gestion des risques, porté par le marché, pour capter une part de cette couverture sur le plan local. Le principe est simple : mutualiser les capacités, structurer une offre crédible, et éviter que l’essentiel des primes liées aux grands risques ne soit absorbé à l’extérieur.

En tant que Directeur Exécutif du Pool d’Assurance des Risques Pétroliers et Gaziers, Adama NDIAYE se trouve au carrefour des intérêts : assureurs, réassureurs, régulateur, opérateurs internationaux, logique de contenu local et exigences techniques des grands comptes. Un poste où la diplomatie doit être aussi solide que le modèle actuariel.

FANAF : une influence continentale et un agenda de réformes

Avant la SENRE, son empreinte s’est également imposée au niveau panafricain. À la FANAF (Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines), il occupe pendant douze ans des responsabilités majeures, dont la présidence (2014–2020).

Son action s’illustre par un travail de fond sur la modernisation du cadre CIMA, avec des réformes touchant notamment :
l’augmentation du capital social des compagnies
la localisation des risques et de la réassurance
l’assainissement des pratiques de gouvernance
l’amélioration des règles de souscription et d’encaissement des primes
la réflexion sur l’indemnisation des préjudices corporels liés aux accidents de la circulation
la structuration d’un cadre pour l’installation et l’exercice des activités de réassurance dans la zone CIMA

Derrière ces sujets techniques, une même idée : si le marché est mieux régulé, mieux capitalisé et mieux gouverné, il devient plus crédible, attire des risques plus importants, protège mieux les populations et finance davantage l’économie.

Une signature : rigueur, continuité, transmission

Ce qui ressort de la trajectoire d’Adama NDIAYE, c’est une cohérence rare. Il ne s’agit pas d’une carrière faite de ruptures, mais d’un continuum : comprendre, contrôler, bâtir, moderniser, sécuriser. Ses postes montrent une constance : indicateurs de performance, contrôle interne, gouvernance, conformité, transformation des outils, structuration du marché.

Dans un secteur parfois jugé opaque par le grand public, ce type de leadership “ingénieur” est précieux : il crée de la lisibilité, de la stabilité et de la confiance. Et la confiance, en assurance, est un actif plus stratégique que n’importe quelle campagne marketing.

Les enjeux devant lui : capacité, crédibilité, résilience

Le marché sénégalais, comme l’ensemble de la zone CIMA, fait face à une équation exigeante :
des risques plus grands (catastrophes, infrastructures, énergie, cyber, supply chain)
des exigences réglementaires croissantes
une nécessité de digitaliser et d’améliorer la qualité des données
une attente de “contenu local” dans les secteurs stratégiques
une pression sur la solvabilité et la rentabilité technique

Dans ce contexte, la SENRE et le pool pétrolier-gazier ne sont pas des institutions périphériques : ce sont des outils de résilience économique. Et Adama NDIAYE, par son expérience à la fois réglementaire, technique et institutionnelle, apparaît comme l’un des profils les mieux armés pour porter cette ambition.

Mérimé Wilson

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