Alioune Sow, l’ingénieur devenu stratège de la transition énergétique

Dans l’économie de la décarbonation, les profils les plus décisifs ne sont pas toujours les plus bruyants. Ils avancent avec une autre grammaire du pouvoir : celle de la maîtrise technique, de l’exécution industrielle et de la vision commerciale. Alioune Sow appartient à cette catégorie rare de dirigeants capables de parler à la fois le langage du laboratoire, celui des chantiers et celui de la croissance. Sa nomination à la direction générale de Solewa en janvier 2025, entreprise aujourd’hui intégrée à la dynamique de marque Wewise, n’a pas simplement consacré une promotion interne. Elle a confirmé l’émergence d’un leader qui comprend, de bout en bout, la chaîne de valeur du solaire.
Le parcours d’Alioune Sow impressionne d’abord par sa cohérence. Formé à l’École Supérieure Polytechnique de Dakar en énergie électrique et environnement, puis docteur en science des matériaux avec une spécialité photovoltaïque à l’Université de Poitiers, il a construit sa trajectoire sur un socle rare : une expertise scientifique pointue alliée à une capacité constante à transformer l’innovation en activité économique. Ce type de combinaison est encore peu fréquent. Beaucoup excellent dans la recherche sans maîtriser les impératifs du marché. D’autres savent vendre sans comprendre intimement la technologie. Lui a bâti sa singularité précisément dans l’interface entre ces mondes.
Son histoire professionnelle commence au plus près des enjeux de terrain. En 2005-2006, à l’Agence sénégalaise d’électrification rurale, il travaille sur des projets solaires, des mini-réseaux et des dispositifs hybrides photovoltaïque-thermique dans plusieurs localités du Sénégal. Cette expérience n’est pas anodine. Elle l’ancre d’emblée dans une lecture concrète de l’énergie comme outil de transformation sociale, territoriale et économique. Avant d’être une industrie de marché, le solaire est pour lui une réponse à des besoins réels, inscrits dans des contextes humains, culturels et géographiques précis.
Cette sensibilité au terrain ne l’a jamais quitté. Mais c’est en France, chez S’Tile, qu’il va donner à son profil une autre dimension. Pendant près de douze ans, de l’ingénierie R&D à la direction du développement commercial et des projets, il traverse toutes les strates de la montée en puissance d’une entreprise innovante du photovoltaïque. Il y coordonne le développement de procédés de fabrication, conçoit des équipements industriels, accompagne le transfert de technologie de la R&D vers la production, pilote des programmes d’industrialisation et gère des budgets conséquents, avec des projets soutenus notamment par des dispositifs européens et français d’innovation. Son passage y raconte une chose essentielle : Alioune Sow n’a pas appris l’industrie solaire dans les présentations PowerPoint, mais dans l’exigence du passage à l’échelle.
C’est là que se révèle l’une des dimensions les plus intéressantes de son leadership. Il ne se contente pas d’être un technicien de haut niveau. Il apprend à faire dialoguer innovation, industrialisation, financement, partenariats et développement commercial. Chez S’Tile, il évolue vers des responsabilités de développement, puis de direction commerciale et projets, avec un portefeuille de solutions photovoltaïques pour les bâtiments et les systèmes décentralisés avec stockage. Il gère des équipes, structure des partenariats, participe à des levées de fonds, prépare des budgets et contribue à l’ouverture de nouveaux marchés. Autrement dit, il opère sa mue : de l’ingénieur expert au bâtisseur d’entreprise.
Cette transformation se poursuit avec Halyeo, structure qu’il fonde en 2019. Pendant un peu plus d’un an, il accompagne des PME actives dans les énergies renouvelables et le stockage d’énergie verte, conseille des développeurs, appuie des investisseurs publics et privés dans leurs décisions de financement, et intervient sur des dossiers mêlant audit technologique, ingénierie, approvisionnement et montage de financements. Ce moment entrepreneurial est décisif. Il montre un dirigeant qui ne veut plus seulement servir une organisation existante, mais qui entend aussi créer des cadres d’action, orienter des décisions et relier technologie, stratégie et capital.
Son arrivée chez Solewa, fin 2020, ouvre un nouveau chapitre, celui de la consolidation managériale. D’abord directeur technique, il prend en charge des enjeux structurants : technique, digitalisation, achats, ingénierie, gestion de grands projets et HSQE. Un an plus tard, l’entreprise accélère son évolution dans un contexte où le photovoltaïque B2B devient un levier majeur de compétitivité pour les entreprises agricoles, industrielles et commerciales. Wewise, marque lancée par le groupe Butagaz pour fédérer ses activités de décarbonation, rassemble plusieurs acteurs régionaux du secteur, dont Solewa, afin de proposer une offre plus lisible et plus intégrée à l’échelle nationale.
La progression d’Alioune Sow au sein de Solewa est à cet égard révélatrice. Directeur technique, puis directeur général adjoint en 2024, il devient directeur général en janvier 2025, succédant à Simon Ondet. Les médias spécialisés soulignent alors moins une rupture qu’une continuité stratégique : celle d’un dirigeant issu de la maison, maîtrisant les fondamentaux techniques et capable d’accompagner la montée en gamme commerciale et organisationnelle de l’entreprise.
Mais ce qui rend son profil particulièrement intéressant pour un média comme TERANGA CEO dépasse la simple logique de carrière. Alioune Sow incarne une génération de dirigeants africains hautement qualifiés qui s’imposent dans les industries technologiques et énergétiques mondiales sans renier leur ancrage initial. Son itinéraire relie Dakar, Poitiers, l’industrie européenne et les enjeux africains de l’électrification. Il dit quelque chose de plus large sur la circulation des compétences, sur la manière dont l’expertise se fabrique dans plusieurs géographies à la fois, et sur la possibilité pour des leaders sénégalais de peser dans des secteurs à haute intensité technologique.
Son style de leadership semble d’ailleurs se situer à la croisée de plusieurs exigences contemporaines. L’exigence d’excellence technique, d’abord, qui demeure centrale dans un secteur où la crédibilité se mesure à la performance réelle des installations et à la robustesse des solutions. L’exigence de structuration, ensuite, dans un marché où la croissance rapide peut fragiliser les organisations mal préparées. L’exigence humaine, enfin, que l’on retrouve dans l’attention croissante portée à la sécurité, à la qualité et à la gestion des équipes. Sous sa direction, Solewa a notamment affiché une ambition claire en matière de sécurité au travail, avec un objectif de professionnalisation et de qualité durable.
Cette dimension managériale est essentielle. Dans les métiers de la transition énergétique, l’avantage concurrentiel ne repose plus seulement sur les panneaux, les onduleurs ou les modèles financiers. Il repose aussi sur la capacité à faire travailler ensemble des expertises très diverses, à piloter des chantiers complexes, à sécuriser l’exécution et à bâtir une culture d’entreprise à la hauteur de la promesse commerciale. Le rôle d’un directeur général n’est donc pas simplement de vendre une ambition verte. Il est de transformer cette ambition en organisation performante. Alioune Sow semble précisément évoluer dans cette logique d’architecture opérationnelle.
Il apparaît également comme l’un de ces dirigeants qui comprennent que le solaire entre dans une nouvelle phase. Le temps des pionniers fascinés par la seule innovation technologique est derrière nous. Le marché attend désormais des solutions bancables, industrialisables, reproductibles et rentables. Le défi n’est plus seulement d’installer des panneaux. Il est d’intégrer le solaire dans une stratégie énergétique globale, avec des enjeux de stockage, d’autoconsommation, de pilotage de la demande, de réglementation et de retour sur investissement. Dans cette équation, la double culture d’Alioune Sow, scientifique et business, devient un avantage déterminant.
Les signaux de marché confirment d’ailleurs cette bascule. Wewise se présente aujourd’hui comme un acteur de la décarbonation positive accompagnant les professionnels dans leur transition énergétique partout en France, avec plusieurs agences, plusieurs centaines de collaborateurs et une offre tournée vers les secteurs agricoles, industriels et commerciaux. Dans cet ensemble, Solewa conserve un poids important dans le Grand Ouest et a communiqué sur une forte dynamique de croissance ainsi que sur des recrutements destinés à soutenir cette expansion.
Chez Alioune Sow, la crédibilité vient aussi d’une chose plus subtile : la durée. Il n’est pas un dirigeant apparu soudainement dans l’énergie parce que la transition est devenue à la mode. Son parcours épouse près de deux décennies d’apprentissage, de spécialisation et de montée en responsabilité. Il a connu le développement de projets en Afrique, la recherche appliquée, l’industrialisation, la commercialisation, la structuration de partenariats, l’accompagnement d’investisseurs et, désormais, la direction générale d’une entreprise de référence. Cette profondeur temporelle donne du poids à sa parole et de la densité à ses arbitrages.
Pour le Sénégal, son itinéraire a également valeur de signal. Il rappelle que les compétences sénégalaises dans l’énergie ne se limitent ni aux administrations, ni aux grands projets publics, ni aux fonctions d’expertise. Elles sont aussi capables d’occuper le sommet d’entreprises engagées dans la transformation énergétique des économies développées. Ce n’est pas seulement une réussite individuelle. C’est une démonstration silencieuse de la place que peuvent prendre les talents africains dans les industries du futur.
En définitive, Alioune Sow ne se résume ni à un ingénieur brillant, ni à un manager efficace, ni à un patron du solaire. Il est le produit exigeant d’un long compagnonnage avec une industrie en mutation. Un dirigeant qui a appris à penser simultanément la technologie, l’entreprise et l’impact. Dans un moment où la transition énergétique a besoin de moins de slogans et de plus de bâtisseurs, son parcours mérite l’attention. Parce qu’il raconte une ascension. Mais surtout parce qu’il éclaire une nouvelle figure du leadership africain : rigoureux, international, opérationnel et stratégiquement utile.
Mérimé Wilson



