Alé Badara Sy, l’urbaniste sénégalais qui porte la voix des villes africaines au sein de l’ISOCARP

La nomination d’Alé Badara Sy au Comité scientifique de la Société internationale des urbanistes marque plus qu’une reconnaissance individuelle. Elle consacre l’entrée d’une expertise sénégalaise dans l’un des espaces où se pensent les grandes orientations de la planification urbaine mondiale. Pour trois ans, l’urbaniste sénégalais siégera au sein de cet organe stratégique de l’ISOCARP, organisation internationale fondée en 1965 et basée à La Haye, qui réunit des professionnels de l’urbanisme issus de plus de 80 pays.
Dans un continent où l’urbanisation avance souvent plus vite que les infrastructures, cette nomination résonne comme un signal fort. Elle place au cœur du débat international un profil qui connaît les réalités des villes africaines : pression démographique, accès au logement, résilience climatique, étalement urbain, gouvernance foncière, mobilité et qualité du cadre de vie.
Spécialiste des villes durables, de la planification urbaine et des politiques de logement, Alé Badara Sy occupe depuis mai 2024 les fonctions de conseiller technique en urbanisme et aménagement du territoire auprès du Premier ministre du Sénégal. Cette position institutionnelle lui donne une place particulière dans l’architecture des politiques publiques sénégalaises, à un moment où le pays cherche à mieux articuler développement territorial, transition écologique et maîtrise de la croissance urbaine.
Son parcours s’est construit à l’intersection de l’action publique, de l’expertise internationale et de la réflexion stratégique. Il a notamment travaillé avec ONU-Habitat, le Global Green Growth Institute, l’APIX et le ministère sénégalais de l’Urbanisme, capitalisant plus de vingt ans d’expérience dans les problématiques urbaines, environnementales et territoriales.
Président-fondateur du Club de Réflexion sur l’Urbain, Alé Badara Sy incarne une génération d’experts africains qui ne se contentent plus d’appliquer des modèles importés. Leur enjeu est plus ambitieux : produire une pensée urbaine capable de partir des réalités locales pour dialoguer avec les standards internationaux. Dans cette perspective, son entrée au Comité scientifique de l’ISOCARP prend une dimension stratégique.
Le Comité scientifique de l’ISOCARP est chargé de conseiller l’organisation sur les grands enjeux liés à l’urbanisation et de garantir la rigueur scientifique de ses travaux. Y siéger permet donc de contribuer aux orientations intellectuelles et professionnelles qui influencent la planification urbaine à l’échelle mondiale. Pour Alé Badara Sy, cette responsabilité ouvre un espace d’influence : faire entendre la voix des territoires émergents, défendre une urbanisation plus inclusive et promouvoir des solutions adaptées aux villes africaines.
Cette nomination intervient dans un contexte où les villes sénégalaises sont confrontées à une équation complexe. Dakar concentre une part importante de l’activité économique nationale, tandis que les pôles secondaires cherchent encore leur équilibre entre croissance, attractivité, infrastructures et services urbains. Le défi n’est plus seulement de construire, mais de planifier. Il ne s’agit plus seulement d’étendre les villes, mais de les rendre vivables, productives, sobres et résilientes.
C’est précisément sur ce terrain que le profil d’Alé Badara Sy trouve sa cohérence. Son expertise couvre les villes vertes, l’urbanisme opérationnel, la planification urbaine, les politiques de logement et la gestion environnementale. Autant de domaines qui déterminent aujourd’hui la capacité des États africains à transformer leur croissance démographique en avantage économique plutôt qu’en facteur de vulnérabilité.
Son élection au sein de l’ISOCARP envoie également un message à la communauté sénégalaise des urbanistes, architectes, aménageurs, ingénieurs, collectivités locales et décideurs publics : l’expertise locale peut désormais peser dans les lieux où se fabriquent les références internationales. Pour le Sénégal, c’est une forme de diplomatie technique. Pour l’Afrique, c’est une opportunité de faire reconnaître que ses villes ne sont pas seulement des espaces de crise, mais aussi des laboratoires d’innovation urbaine.
Alé Badara Sy rejoint ainsi une instance où se croisent visions académiques, expertise professionnelle et arbitrages stratégiques. Sa contribution sera attendue sur un point essentiel : rappeler que la ville durable ne peut être pensée de manière uniforme. À Dakar, Thiès, Saint-Louis, Abidjan, Lagos ou Nairobi, les réponses doivent intégrer les contraintes sociales, économiques, foncières, climatiques et culturelles propres à chaque territoire.
À travers cette nomination, c’est donc moins un aboutissement qu’une nouvelle responsabilité qui s’ouvre. Celle de porter, au sein d’un réseau mondial, une lecture africaine de la ville : plus réaliste, plus humaine, plus attentive aux usages, aux inégalités et aux impératifs de résilience. Dans un monde où l’avenir économique se jouera largement dans les métropoles et les villes intermédiaires, Alé Badara Sy fait désormais partie de ceux qui auront voix au chapitre.
Mérimé Wilson



