Momar DIOUF, l’ingénieur qui veut structurer l’écosystème sénégalais de l’énergie

À la croisée de l’ingénierie, du commerce international et de l’entrepreneuriat industriel, Momar DIOUF s’est imposé comme l’un des visages montants du secteur privé sénégalais de l’énergie. Fondateur de 3MD Energy SA, président du Mouvement des Entreprises Professionnelles de l’Énergie et président du Conseil d’affaires Sénégal–Türkiye, il incarne une génération de dirigeants formés à l’international, revenus au pays avec une ambition claire : transformer l’énergie en levier de compétitivité, d’intégration régionale et de souveraineté économique.
Au Sénégal, l’énergie n’est plus seulement une question technique. Elle est devenue une question de souveraineté, de productivité, d’industrialisation et de justice territoriale. Dans un pays où l’accès à l’électricité, la transition énergétique, le coût de production et la qualité des infrastructures conditionnent directement la trajectoire économique, les entrepreneurs capables de relier la compétence technique, la disponibilité des équipements et la structuration du marché occupent une place stratégique. C’est précisément dans cet espace, à la fois exigeant et décisif, que s’inscrit le parcours de Momar DIOUF.
Son profil ne se résume pas à celui d’un chef d’entreprise actif dans la fourniture d’équipements électriques. Il raconte une trajectoire plus large : celle d’un ingénieur sénégalais formé entre Dakar et Istanbul, passé par l’industrie turque, revenu au Sénégal avec une connaissance concrète des chaînes d’approvisionnement, des appels d’offres, des marques industrielles et des besoins des installateurs. Dans un secteur où la crédibilité se construit autant sur la fiabilité des produits que sur la capacité à accompagner les entreprises dans l’exécution de leurs projets, cette double culture constitue un avantage rare.
Avant d’être entrepreneur, Momar DIOUF est d’abord un homme de formation scientifique. Après un passage à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en sciences physiques, il poursuit son cursus à l’İstanbul Teknik Üniversitesi, l’une des grandes institutions turques de formation d’ingénieurs, où il obtient un diplôme en génie électrique et électronique. Cette étape turque sera déterminante. Elle lui donne non seulement une base technique solide, mais aussi une exposition directe à un écosystème industriel où l’énergie, l’électromécanique, les équipements et la fabrication occupent une place centrale.
Sa première séquence professionnelle se déroule en Turquie. Entre 2007 et 2010, il évolue chez Sampa Automotive comme représentant commercial à Samsun. Puis, de 2010 à 2015, il rejoint EKOSinerji Elektrik Sanayi ve Ticaret A.Ş., à Istanbul, comme ingénieur technico-commercial. Ce passage est essentiel pour comprendre la suite. Il y apprend le langage des industriels, la rigueur du commerce B2B, la gestion des spécifications techniques, la relation avec les installateurs, mais aussi la logique des marchés émergents où la disponibilité, le prix, la qualité et le service après-vente peuvent faire la différence.
En 2015, Momar DIOUF prend une nouvelle dimension en devenant directeur général de 3MD Energy à Dakar. L’entreprise se positionne progressivement comme un acteur d’intermédiation et de distribution spécialisé dans les équipements liés à l’énergie. Représentante exclusive de plusieurs marques au Sénégal et en Afrique de l’Ouest, elle accompagne les installateurs et les entreprises dans leurs projets, notamment dans le cadre de soumissions à des appels d’offres. Son modèle repose sur un élément souvent sous-estimé dans les économies africaines : la disponibilité du stock. Dans un marché où les retards d’approvisionnement peuvent bloquer des chantiers, pénaliser des installateurs et fragiliser des donneurs d’ordre, disposer d’un stock permanent à Dakar n’est pas un détail logistique. C’est un outil de compétitivité.
Cette approche donne à 3MD Energy une place particulière dans la chaîne de valeur. L’entreprise ne se limite pas à vendre des équipements. Elle intervient dans un environnement où les acteurs ont besoin de solutions fiables, de conseils, d’accès aux marques, de réactivité et de capacité à répondre aux exigences techniques des projets. En cela, Momar DIOUF appartient à cette catégorie de dirigeants qui comprennent que le développement de l’énergie en Afrique ne dépend pas uniquement des grands plans publics ou des financements internationaux. Il dépend aussi d’un tissu d’entreprises locales capables d’exécuter, de livrer, de maintenir et de professionnaliser le marché.
Cette lecture du secteur prend une résonance particulière dans le contexte sénégalais. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le développement du secteur énergétique est au cœur de la stratégie de développement durable et économique du Sénégal ; en 2022, 75 % de la population avait accès à l’électricité, avec un écart important entre les zones urbaines, à 97 %, et les zones rurales, à 55 %. L’AIE souligne également que l’électricité demeure dominée par le fuel lourd, qui représentait 70 % de la production en 2022, tandis que le solaire et l’éolien comptaient pour 21 % de la génération électrique.
Dans ce paysage, le rôle d’entreprises comme 3MD Energy est moins visible que celui des grands producteurs ou des institutions publiques, mais il est structurant. Les transitions énergétiques ne se décrètent pas uniquement depuis les ministères. Elles se matérialisent dans des armoires électriques, des composants, des systèmes de protection, des équipements disponibles à temps, des techniciens formés, des installateurs soutenus, des entreprises capables de répondre à des cahiers des charges et des fournisseurs qui comprennent les normes. La transition énergétique est aussi une affaire d’exécution.
L’évolution de Momar DIOUF au sein de 3MD Energy illustre cette montée en responsabilité. Directeur général à partir de 2015, puis PDG à compter de 2021, il devient président fondateur de 3MD Energy SA en 2024. Ce passage dit quelque chose de la consolidation de son projet entrepreneurial. Il ne s’agit plus seulement de diriger une structure opérationnelle, mais d’inscrire l’entreprise dans une trajectoire plus institutionnelle, plus durable, plus lisible pour les partenaires, les marques, les clients et les acteurs publics.
Son engagement dépasse désormais le périmètre de son entreprise. Depuis juin 2024, Momar DIOUF préside le Mouvement des Entreprises Professionnelles de l’Énergie, le MEPE. Cette responsabilité le place au cœur d’un enjeu majeur : contribuer à l’organisation d’un secteur où les entreprises privées doivent gagner en représentativité, en qualité, en dialogue avec les autorités et en capacité de proposition. Dans un marché énergétique en transformation, la voix du secteur privé ne peut plus rester fragmentée. Elle doit porter des sujets concrets : normes, formation, accès aux marchés, qualité des équipements, financement des projets, compétitivité des entreprises locales, lutte contre l’informel et montée en compétence des installateurs.
La présidence du MEPE donne ainsi à Momar DIOUF une stature d’acteur collectif. Elle traduit le passage d’un leadership d’entreprise à un leadership d’écosystème. C’est souvent dans ce basculement que se mesure la maturité d’un dirigeant : lorsqu’il ne parle plus seulement pour sa société, mais pour un secteur ; lorsqu’il ne défend plus uniquement une part de marché, mais une architecture professionnelle ; lorsqu’il comprend que la réussite individuelle d’une entreprise dépend aussi de la qualité globale de l’environnement dans lequel elle opère.
Son autre casquette, celle de président du Conseil d’affaires Sénégal–Türkiye depuis 2023, prolonge cette logique. Elle révèle la continuité d’un parcours construit entre les deux pays. La Turquie, où il a étudié et travaillé, n’est pas pour lui un simple souvenir académique. Elle constitue un espace de relations industrielles, commerciales et technologiques. Dans un Sénégal qui cherche à diversifier ses partenariats économiques, à renforcer son tissu industriel et à attirer des solutions compétitives, cette passerelle sénégalo-turque peut devenir un levier stratégique. Momar DIOUF y apporte une compréhension intime des deux environnements : les besoins sénégalais d’un côté, les capacités industrielles turques de l’autre.
Cette dimension internationale est importante. Beaucoup d’entrepreneurs africains importent des produits. Moins nombreux sont ceux qui savent transformer l’importation en plateforme de service, en transfert de compétence, en structuration de filière et en diplomatie économique concrète. Chez Momar DIOUF, la relation avec la Turquie semble moins relever de l’opportunisme commercial que d’un capital professionnel accumulé sur près de deux décennies. C’est cette profondeur qui donne de la cohérence à son positionnement.
Il faut aussi souligner le caractère discret mais décisif de son métier. Le secteur de l’énergie attire souvent l’attention à travers les grandes centrales, les annonces gouvernementales, les financements multilatéraux ou les ambitions de transition verte. Pourtant, entre la décision publique et la mise en service d’une installation, il existe une chaîne d’acteurs sans laquelle rien ne fonctionne. Les entreprises de fourniture, d’intégration, d’installation et d’accompagnement technique sont les courroies de transmission de la modernisation énergétique. Elles rendent possibles les projets. Elles réduisent les délais. Elles sécurisent les opérations. Elles traduisent les politiques en infrastructures réelles.
C’est dans cette zone d’impact que Momar DIOUF construit sa singularité. Son leadership repose moins sur la communication que sur l’ancrage technique, la connaissance des marchés, la capacité de liaison et la patience entrepreneuriale. De Samsun à Istanbul, puis de Dakar à l’Afrique de l’Ouest, son parcours dessine une ligne claire : comprendre les produits, comprendre les marchés, comprendre les hommes, puis bâtir une organisation capable de répondre à des besoins concrets.
Pour le Sénégal, les prochaines années seront décisives. L’AIE recommande au pays de renforcer l’accès universel à l’électricité, d’accélérer les renouvelables, de mieux coordonner les acteurs du secteur, de développer les compétences techniques et de mobiliser davantage d’investissements privés. Dans cette équation, les entrepreneurs comme Momar DIOUF auront un rôle à jouer, non pas comme figures périphériques, mais comme opérateurs de terrain d’une ambition nationale : rendre l’énergie plus disponible, plus fiable, plus professionnelle et plus accessible.
Son portrait est donc celui d’un dirigeant à la jonction de plusieurs mondes. Le monde de l’ingénierie, qui exige précision et rigueur. Le monde du commerce industriel, qui impose réactivité et crédibilité. Le monde institutionnel, qui demande sens du collectif et capacité de représentation. Le monde international, enfin, où les relations économiques se construisent dans la durée, la confiance et la connaissance mutuelle.
Momar DIOUF n’est pas seulement le fondateur d’une entreprise énergétique. Il incarne une génération de dirigeants sénégalais pour qui l’ouverture internationale n’a de valeur que si elle renforce les capacités locales. Son enjeu, désormais, sera de transformer cette trajectoire personnelle en influence durable : pour 3MD Energy SA, pour le MEPE, pour le partenariat Sénégal–Türkiye et, plus largement, pour un secteur de l’énergie sénégalais appelé à devenir l’un des piliers de la compétitivité nationale.
Mérimé Wilson



