Mamadou Lamine Fall, l’architecte financier sénégalais qui pense la logistique africaine comme une industrie de souveraineté

Dans les métiers de la logistique, les dirigeants les plus décisifs ne sont pas toujours les plus visibles. Ils agissent dans les zones où se jouent la compétitivité des économies africaines : ports, entrepôts, corridors miniers, financements d’actifs, délais fournisseurs, trésorerie, acquisition, conformité, performance opérationnelle. Mamadou Lamine Fall appartient à cette catégorie rare de profils capables de lire une entreprise à travers ses flux, ses bilans, ses équipements et ses contrats. Derrière son parcours de financier international se dessine une conviction simple : en Afrique, la logistique n’est plus une fonction support. Elle devient un levier stratégique de croissance, d’industrialisation et d’intégration régionale.
Aujourd’hui Directeur Général d’AFRILOG Côte d’Ivoire et de Multilog Solutions, tout en assumant des responsabilités de haut niveau au sein du groupe CSTT-AO / AFRILOG, Mamadou Lamine Fall incarne une génération de dirigeants sénégalais formés aux standards internationaux, mais engagés dans la transformation concrète des entreprises africaines. Les éléments fournis indiquent qu’il pilote depuis Abidjan des opérations liées à la logistique portuaire, minière et industrielle, avec un rôle marqué dans la diversification des activités, l’investissement en équipements, la structuration financière et le développement d’équipes opérationnelles.
Son terrain d’action est exigeant. AFRILOG Côte d’Ivoire se présente comme un acteur de la logistique intégrée au service des miniers et industriels, avec des références liées notamment à Barrick Gold, Allied Gold, Montage Gold, SOTACI, FILTISAC, Air Liquide ou encore UNOPS. L’entreprise revendique une expertise en logistique minière, manutention, entreposage, transport, transit maritime, aérien et terrestre. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, devenu l’un des pôles économiques les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, cette spécialisation place le dirigeant au cœur d’un enjeu critique : sécuriser les chaînes d’approvisionnement des industries qui portent l’investissement, l’exportation et la transformation productive.
La trajectoire de Mamadou Lamine Fall s’est construite sur une base académique dense. Après des études en économie internationale à l’Université Toulouse Capitole, puis en comptabilité, finance, audit et management à Toulouse School of Management, il complète son profil par le diplôme d’expertise comptable de l’État français, un parcours long et sélectif associant examens, stage professionnel et mémoire. Il y ajoute ensuite une formation de haut niveau en pilotage de la performance à HEC Paris, puis un Executive MBA à Saïd Business School, University of Oxford, avec des enseignements orientés private equity, fusions-acquisitions, valorisation d’entreprise et stratégie.
Ce capital académique n’a rien d’ornemental. Il éclaire la nature de son leadership. Mamadou Lamine Fall n’est pas seulement un gestionnaire financier ; il est un constructeur de systèmes. Son passage chez EY, entre 2006 et 2009, dans l’audit et la conformité, lui donne une première grammaire professionnelle : contrôle interne, fiabilité des comptes, audit bancaire, rigueur des process. Les missions citées couvrent des institutions financières et télécoms au Sénégal et au Mali, dont Ecobank, SGBS, BNP, BDM, Banque Atlantique, Sonatel et Orange Mali. Cette école de l’audit lui apporte ce qui manque souvent aux organisations en croissance rapide : la discipline du risque.
À partir de 2009, son parcours prend une autre dimension avec CSTT-AO / AFRILOG. Le groupe, dont les racines remontent à la Compagnie Sénégalaise de Transports Transatlantiques, se présente comme une entreprise de plus de 70 ans d’expérience dans la logistique et la supply chain, avec des activités autour d’Afrilog, Multilog, CTA Group, Uni-Forwarding International et African Logistics Platform. Dans cet environnement panafricain, Mamadou Lamine Fall intervient comme Group Chief Financial Officer, au service d’un ensemble présent dans plusieurs pays, avec des enjeux de reporting, trésorerie, financement d’actifs, contrôle budgétaire, acquisitions et transformation.
Son apport se lit dans les détails opérationnels. Il travaille à la mise en place de services partagés pour soutenir une vingtaine d’entreprises du groupe, structure des politiques comptables, améliore le pilotage budgétaire, négocie des financements d’actifs dans plusieurs pays et accompagne des opérations d’acquisition, notamment en Europe. Ces réalisations disent beaucoup de son profil : il appartient à cette famille de financiers qui ne se limitent pas à produire des états financiers, mais transforment la finance en langage commun de décision, de contrôle et d’expansion.
La logistique africaine impose ce type de leadership. Dans des marchés où les infrastructures progressent mais restent inégalement fluides, où les opérations minières exigent une précision extrême, où les importations industrielles peuvent être ralenties par les ports, les douanes, les entrepôts ou les délais de paiement, la performance financière devient indissociable de la performance opérationnelle. Réduire un besoin en fonds de roulement, sécuriser un financement d’équipement, améliorer le cash-flow ou structurer un comité exécutif ne sont pas des exercices de bureau. Ce sont des décisions qui peuvent changer la vitesse d’exécution d’une entreprise.
C’est précisément ce que révèle son rôle chez AFRILOG Côte d’Ivoire. Les informations disponibles indiquent qu’il y conduit des initiatives de retournement, de conduite du changement, de déploiement CAPEX, de structuration et de financement, tout en renforçant les opérations portuaires et les contrats de supply chain management avec de grands clients miniers. AFRILOG CI, certifiée comme signataire du Cyanide Code depuis décembre 2022, opère dans un secteur où les standards de sûreté, de conformité et de traçabilité sont particulièrement sensibles. Dans un tel contexte, la crédibilité d’un dirigeant se mesure moins aux discours qu’à la capacité de faire tenir ensemble croissance, risque, discipline et service client.
Mamadou Lamine Fall a aussi exercé des responsabilités d’administrateur en Belgique, en Afrique du Sud et au sein d’entités liées au groupe, notamment CTA Group et Uni-Forwarding International. Ces expériences lui ont donné une exposition à des environnements de gouvernance différents, à des opérations d’acquisition, à des transformations de modèle économique et à l’expansion internationale. Elles expliquent son profil hybride : africain dans son terrain d’impact, européen dans une partie de sa formation et de ses standards comptables, international dans sa lecture des flux commerciaux.
Ce qui distingue son parcours, au fond, est cette capacité à relier trois mondes rarement maîtrisés par un même dirigeant : la finance corporate, l’opérationnel logistique et la stratégie de croissance. Dans beaucoup d’entreprises africaines, ces univers fonctionnent encore en silos. Chez Mamadou Lamine Fall, ils se répondent. Une flotte supplémentaire n’est pas seulement un achat d’actifs ; c’est une décision de capacité. Un entrepôt n’est pas seulement un espace de stockage ; c’est une promesse de service. Un comité exécutif n’est pas seulement une structure managériale ; c’est une machine de décision. Une acquisition n’est pas seulement une transaction ; c’est une option stratégique sur un marché.
Son portrait compte parce qu’il illustre une évolution profonde du leadership sénégalais. Le Sénégal ne produit pas seulement des banquiers, des administrateurs publics ou des entrepreneurs de services. Il voit aussi émerger des dirigeants capables de gérer des plateformes régionales dans des secteurs complexes, techniques et essentiels à la compétitivité africaine. Mamadou Lamine Fall en est l’un des exemples : un profil discret, mais structurant ; un financier devenu opérateur ; un spécialiste de la performance qui intervient là où la croissance africaine doit se traduire en tonnes déplacées, en délais tenus, en contrats sécurisés, en capitaux mieux utilisés.
À l’heure où l’Afrique de l’Ouest cherche à renforcer ses chaînes de valeur, à mieux connecter ses ports, ses mines, ses industries et ses marchés, les dirigeants comme Mamadou Lamine Fall occupent une place stratégique. Ils ne se contentent pas d’accompagner la transformation. Ils en organisent les conditions pratiques. Dans son parcours, il y a moins une célébration individuelle qu’une leçon de management : les économies africaines auront besoin de visionnaires, mais aussi d’architectes capables de faire fonctionner les systèmes qui soutiennent cette vision.
Mérimé Wilson



