Le parcours d’Anta Ndiaye raconte une évolution assez rare dans la finance africaine : celle d’une professionnelle passée des institutions internationales et de la diplomatie économique à l’un des endroits où se décide aujourd’hui une partie de l’avenir des entreprises technologiques du continent, le capital-risque. Depuis septembre 2023, elle est Principal chez Sawari Ventures, depuis Dakar, avec une responsabilité particulière sur les investissements en Afrique de l’Ouest. Le fonds lui confie notamment le sourcing, les relations avec les écosystèmes et l’exécution des investissements sur des marchés comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana.

Cette fonction constitue moins une rupture qu’un aboutissement. Avant de sélectionner des entreprises et d’évaluer leur capacité à changer d’échelle, Anta Ndiaye a longtemps travaillé à construire les passerelles qui permettent précisément aux entrepreneurs de rencontrer le capital. Son parcours passe par les Nations unies à New York, la représentation diplomatique, la French-African Foundation, Bpifrance, La French Tech à Cape Town et New York, puis CybelAngel et Eldorado.co. Autant d’expériences qui lui ont donné une lecture simultanément institutionnelle, entrepreneuriale et internationale de l’innovation.

Chez Bpifrance, entre 2020 et 2023, cette convergence devient particulièrement visible. Manager Africa d’EuroQuity, elle travaille sur l’identification de startups, leur préparation aux exigences des investisseurs, la qualification du deal flow et la connexion entre fonds africains et capitaux internationaux. Elle n’observe plus seulement les écosystèmes : elle intervient au point de rencontre entre entrepreneurs, investisseurs et partenaires économiques. Sawari Ventures souligne d’ailleurs cette expérience dans le rapprochement des communautés technologiques africaines, européennes et américaines.

Sa formation éclaire cette capacité à naviguer entre plusieurs univers. Diplômée d’Audencia en management et de Sciences Po Lille en management des politiques publiques, elle complète en 2023 son parcours par l’African Venture Finance Program de la Saïd Business School de l’Université d’Oxford. La même année, elle rejoint l’African Private Equity Fellowship. Le fil conducteur apparaît clairement : à la compréhension des politiques publiques et des institutions s’ajoute progressivement une spécialisation dans l’allocation du capital.

Ce positionnement prend aujourd’hui une dimension particulière. Sawari Ventures étend avec son Fund II son terrain d’investissement au-delà de l’Afrique du Nord vers l’Afrique subsaharienne, notamment sur des entreprises technologiques en phase de croissance. Anta Ndiaye se retrouve ainsi au centre d’un mouvement stratégique : identifier en Afrique de l’Ouest des sociétés capables de dépasser leur marché domestique et de construire des modèles régionaux.

Le contexte rend cette mission plus exigeante. En 2025, les startups technologiques africaines ont levé 4,1 milliards de dollars en dette et en equity, soit 25 % de plus qu’en 2024. Mais le capital reste fortement concentré autour de l’Afrique du Sud, du Kenya, du Nigeria et de l’Égypte. Le Sénégal a néanmoins atteint 84 millions de dollars de financements equity sur dix opérations, figurant parmi les rares marchés africains hors du Top 4 à dépasser 50 millions de dollars.

C’est précisément dans cet espace qu’Anta Ndiaye construit désormais sa trajectoire d’investisseuse. Son enjeu n’est plus seulement de connecter l’Afrique de l’Ouest au capital international, mais de contribuer à transformer des écosystèmes prometteurs en véritables marchés d’investissement. Une évolution qui résume aussi la maturation de la tech africaine : après le temps de l’évangélisation et de la mise en réseau vient celui, plus difficile, de la sélection, du financement et de la création de valeur.

Mérimé Wilson

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