Responsable de MIGA pour le Maghreb et le Sahel depuis juin 2024, Cheikh Tidiane Diagne intervient à un point décisif du financement du développement : la répartition des risques entre investisseurs, prêteurs et acteurs publics. Basé à Rabat, ce financier sénégalais conjugue connaissance des marchés africains, expérience bancaire et pratique des garanties multilatérales.
Financer une centrale solaire, un port ou un réseau de transport urbain, c’est engager des capitaux sur une durée qui dépasse souvent celle d’un cycle politique. Aux prévisions de recettes et aux études techniques s’ajoutent alors des questions déterminantes : les engagements contractuels seront-ils respectés ? Les revenus pourront-ils être transférés ? Quels risques les investisseurs accepteront-ils de conserver ? C’est dans cette articulation entre projet économique et sécurité de l’investissement que Cheikh Tidiane Diagne a construit sa spécialisation.
À l’Agence multilatérale de garantie des investissements, MIGA, institution du Groupe de la Banque mondiale, il dirige aujourd’hui le développement des activités pour le Maghreb et le Sahel. Ses responsabilités comprennent les relations avec les gouvernements, les investisseurs privés et les partenaires du développement, ainsi que le déploiement régional des solutions de MIGA et de la plateforme de garanties du Groupe de la Banque mondiale.
Cette fonction exige de rapprocher des interlocuteurs dont les attentes et les contraintes diffèrent. Un État recherche des infrastructures, des emplois et des investissements productifs. Un promoteur doit assurer la viabilité de son opération. Une banque apprécie les conditions de remboursement. La garantie intervient dans cette négociation pour couvrir certains risques précisément définis et faciliter la mobilisation des financements.
Le parcours de Cheikh Tidiane Diagne permet de comprendre comment il s’est préparé à occuper cette position.
Sa formation initiale s’effectue à Londres. Il obtient en 2011 un Bachelor of Science en économie et finance à Queen Mary University of London, avec la distinction First Class Honours, puis un master en management à la London School of Economics en 2012. Pendant ses études, une expérience estivale chez Barclays Capital lui donne une première exposition à la finance d’entreprise, à la valorisation et à la préparation d’opérations dans le secteur industriel.
La suite de sa trajectoire se construit entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. À Dakar, chez CGF Bourse puis à la Banque régionale de marchés, il travaille sur les émissions obligataires, l’évaluation financière et l’analyse de sociétés cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières. Il aborde ainsi le financement depuis ses deux versants : les besoins des émetteurs et les arbitrages des investisseurs.
Chez AXA, à Barcelone, entre 2013 et 2014, son activité porte notamment sur les produits structurés, la sélection de fonds, l’allocation d’actifs et les stratégies de couverture. Après cette expérience, il retrouve la BRM à Dakar pour des fonctions de gestion de portefeuille. Ces étapes lui donnent une pratique des instruments financiers, mais aussi du suivi des engagements dans la durée.
En septembre 2014, son arrivée à Bank of Africa, à Abidjan, déplace son travail vers le crédit aux grandes entreprises. Jusqu’en mars 2016, il intervient sur la structuration de financements dans l’agriculture, l’industrie, les transports, la distribution et l’énergie. Ses missions comprennent également les prêts syndiqués destinés à de grands projets d’infrastructure en Afrique de l’Ouest et le suivi des portefeuilles soumis aux comités de crédit.
Cette expérience bancaire constitue une étape structurante. L’analyse d’un emprunteur oblige à examiner la solidité de ses revenus, ses besoins de trésorerie, son exposition sectorielle et sa capacité à respecter ses engagements. Autant de dimensions que l’on retrouve, à une autre échelle, dans l’appréciation des projets d’investissement internationaux.
En 2016, Cheikh Tidiane Diagne rejoint l’ICIEC, au sein du groupe de la Banque islamique de développement, dans des fonctions de souscription liées aux financements structurés et aux investissements. Entre Dakar et Djeddah, il entre dans l’univers des mécanismes multilatéraux de couverture des risques. Il rejoint ensuite MIGA en juin 2017, au sein du pôle régional africain établi à Dakar.
Pendant plus de cinq ans, il participe à l’identification, à la structuration et à l’exécution d’opérations de garantie en Afrique subsaharienne. Les secteurs couverts comprennent les infrastructures de transport, les énergies renouvelables, les télécommunications, les technologies financières et l’agro-industrie. Il accède à des responsabilités de souscripteur senior en novembre 2022, avant de prendre la tête du périmètre Maghreb et Sahel en juin 2024.
Cette progression dessine une spécialisation cohérente : comprendre les besoins de financement, évaluer les risques d’une opération, puis construire les conditions de leur partage.
L’utilité économique de ce travail mérite d’être précisée. Selon les produits et les conditions contractuelles, les garanties de MIGA peuvent couvrir notamment l’expropriation, certaines ruptures de contrat par les autorités publiques, les restrictions de conversion ou de transfert de devises, ainsi que la guerre et les troubles civils. Ces protections peuvent améliorer l’accès au financement et les conditions auxquelles les prêteurs acceptent de s’engager. Leur efficacité dépend de la qualité du montage et de leur adaptation aux risques du projet.
Depuis le 1er juillet 2024, MIGA accueille également la plateforme de garanties du Groupe de la Banque mondiale, qui rassemble des produits et des expertises de la Banque mondiale, de la Société financière internationale et de MIGA. Pour un responsable régional comme Cheikh Tidiane Diagne, ce dispositif élargit l’éventail des solutions à mettre en relation avec les besoins des acteurs publics et privés.
Son activité récente en Algérie donne une illustration concrète de cette dimension institutionnelle. Le 1er juin 2026, il est reçu par Omar Rekkache, directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement. Les échanges portent sur les perspectives de coopération, les réformes du climat des affaires et les possibilités de partenariat. Les deux parties conviennent de travailler à l’élaboration d’un cadre de coopération institutionnelle. Une démarche qui montre la place du dialogue avec les autorités dans la préparation des investissements.
Au fil de ses responsabilités, le financier a également poursuivi sa formation, avec un programme Executive Global Finance à la Darden School of Business de l’Université de Virginie et un certificat de formation exécutive en financement des infrastructures à Harvard en 2023. Il figure aussi dans la promotion 2020 du programme Future Leaders de l’Institute of International Finance.
De Dakar à Rabat, en passant par Londres, Barcelone, Abidjan et Djeddah, sa trajectoire relie plusieurs espaces financiers à une même question : comment permettre à un investissement viable de trouver les partenaires capables de le financer et d’en porter les risques ? Pour les économies du Maghreb et du Sahel, cette question engage la réalisation d’infrastructures et le développement d’activités productives. Cheikh Tidiane Diagne en a fait le cœur de son métier.
Mérimé Wilson
