Coordonnatrice résidente des Nations unies au Togo depuis octobre 2024, la Sénégalaise Coumba D. Sow a construit son expertise dans l’agriculture, la prévention des crises et la coopération internationale. Ses responsabilités actuelles mettent cette expérience à l’épreuve d’un enjeu précis : rapprocher les institutions, les entreprises et les communautés pour soutenir des revenus durables.
À Sangol, dans le nord du Togo, un forage solaire, des bornes-fontaines et un périmètre maraîcher donnent une forme concrète au développement local. Coumba D. Sow y effectue une visite le 17 juillet 2026, sur un projet du Programme d’urgence de renforcement de la résilience et de la sécurité des communautés, soutenu par le Bureau international du Travail. Les échanges portent notamment sur les relations entre populations hôtes, réfugiés et déplacés internes.
Selon le bilan publié par le programme, le projet a créé 135 emplois temporaires. Le qualificatif compte : il indique une possibilité immédiate de revenu, dont il faudra examiner les prolongements. Ce terrain condense les questions qui traversent la carrière de Sow. Comment protéger une population en difficulté tout en restaurant son activité ? Comment faire d’un équipement collectif un appui à la production et à la cohésion locale ?
Sa formation éclaire cette façon d’aborder les problèmes. Elle associe les agro-industries à Montpellier, l’économie agricole à l’Université de Londres et la gestion des politiques publiques à Sciences Po Paris. Ces domaines conduisent à examiner une même situation sous plusieurs angles : les conditions de production, la viabilité économique et les décisions publiques qui encadrent l’activité. La cohérence de son parcours se lit dans leur articulation progressive.
Ses responsabilités à la FAO comprennent la coordination des urgences et de la résilience pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, ainsi qu’une fonction de responsable de l’Afrique au bureau du directeur général. Le travail régional l’installe au contact des crises qui fragilisent simultanément les exploitations, les marchés et les déplacements. Une mauvaise campagne agricole peut réduire les revenus ; l’insécurité peut empêcher d’accéder aux champs ou aux débouchés. Les réponses doivent tenir compte de ces interactions.
En août 2019, dans une publication de la FAO consacrée aux risques au Sahel et en Afrique de l’Ouest, Sow défend explicitement l’anticipation. Elle insiste sur la surveillance des menaces émergentes et la protection précoce des moyens d’existence. Son raisonnement part des capacités des ménages : une intervention gagne en portée lorsqu’elle préserve les ressources qui leur permettront de traverser le choc et de reprendre leur activité.
La distinction engage une conception économique de l’aide. Un troupeau vendu pour survivre représente aussi un outil de travail perdu. La campagne agricole suivante devient plus difficile et le ménage plus dépendant d’un soutien extérieur. Préserver cet actif peut donc éviter une dégradation durable. L’approche défendue par Sow exige de financer assez tôt ce qui permettra aux familles de continuer à produire. Elle demande aussi de décider avant que tous les dommages soient visibles.
La qualité de l’information occupe une place dans cette approche. Lors de travaux soutenus par la FAO et l’Union européenne sur les bilans alimentaires, elle souligne l’importance de données fiables concernant les disponibilités et les besoins, y compris pour l’alimentation animale. Ce souci relie l’expertise à la décision. Une alerte utile doit permettre de choisir où intervenir et de justifier ce choix auprès des partenaires.
Sa trajectoire comprend ensuite des fonctions de représentante de la FAO au Rwanda et à Djibouti. Au Rwanda, elle participe en décembre 2023 au bilan d’un programme consacré à l’emploi des jeunes dans les systèmes agroalimentaires. Les travaux présentés associent formation, accès au financement et relations avec les acheteurs ; ils ont également contribué à la stratégie nationale 2023-2027 pour l’emploi des jeunes dans ce secteur.
Ce passage est significatif. Il place la politique agricole au contact du parcours d’un entrepreneur : disposer d’un savoir-faire, trouver des ressources et vendre sa production. La formation produit davantage d’effets lorsqu’elle s’inscrit dans cet ensemble. Pour une responsable de coopération, cela exige de travailler avec les administrations, mais aussi avec les organisations de producteurs et les entreprises qui achètent. La relation entre institutions devient un moyen de soutenir une activité réelle.
Le 5 octobre 2024, Sow prend ses fonctions de coordonnatrice résidente des Nations unies au Togo. Son mandat élargit le champ de cette pratique. Elle doit contribuer à la cohérence d’interventions relevant de plusieurs agences et à leur articulation avec les priorités nationales. Son expérience sectorielle devient une ressource dans un travail de coordination plus vaste, où l’efficacité dépend de la capacité des partenaires à agir ensemble.
La coordination contient son propre risque : une responsabilité diluée entre les partenaires. Pour produire des effets, elle doit aboutir à une répartition du travail et à des engagements que l’on peut suivre. Le rôle de Sow se situe à cette jonction. Son expérience de la FAO lui permet de comprendre ce qu’une intervention technique exige du terrain ; son mandat actuel l’oblige à faire tenir ensemble des compétences plus diverses.
Un partenariat présenté par les Nations unies au Togo le 21 septembre 2026 illustre cette évolution vers l’économie productive. Le Mastercard Foundation Associates Program prévoit des stages de douze mois pour 600 jeunes, avec formation et mentorat. Talent2Africa, le Conseil national du patronat et la Confédération des jeunes entreprises et startups du Togo sont associés au dispositif. Le système des Nations unies a facilité le rapprochement des partenaires.
Les bénéficiaires attendus doivent compter environ 70 % de femmes. La présidente de la confédération des jeunes entreprises salue publiquement le rôle de Sow dans la mobilisation des partenaires et des ressources. La coordonnatrice intervient ainsi dans la constitution du partenariat qui rend le programme possible. Les 600 places constituent un objectif annoncé. La qualité des stages et les perspectives d’emploi à leur terme seront les éléments décisifs pour apprécier le dispositif.
Cette étape prolonge son travail sur l’emploi agricole au Rwanda tout en élargissant ses interlocuteurs au Togo. Elle montre une responsable qui intervient entre les dispositifs de soutien et les organisations capables d’accueillir une activité. Pour les dirigeants d’entreprise, cette coopération touche à des besoins concrets : accéder à des compétences, préparer de futurs recrutements et accompagner la première expérience professionnelle. L’inclusion gagne ainsi un contenu opérationnel vérifiable.
Le parcours de Coumba D. Sow intéresse le Sénégal par cette compétence de liaison, exercée dans plusieurs contextes africains. Son mandat actuel permettra d’en mesurer la portée : la continuité entre un projet et les revenus qu’il rend possibles, entre un stage et l’emploi qui peut suivre, entre une réponse d’urgence et une capacité productive préservée. C’est à cet endroit précis que son expérience de la résilience rencontre aujourd’hui la responsabilité de coordination.
Oswald M

