À Barcelone, en mars 2026, lorsque la Commission de l’UEMOA participe au Mobile World Congress et aux discussions sur l’opérationnalisation de la Déclaration de Cotonou pour accélérer l’intégration numérique en Afrique de l’Ouest, Khady Evelyne Denise Ndiaye fait partie de la délégation. Sa présence résume assez bien son parcours. Depuis plus de quinze ans, la Sénégalaise évolue au point de rencontre entre politiques communautaires, développement des entreprises, investissement privé et, désormais, transformation numérique. Directrice du Secteur privé de la Commission de l’UEMOA depuis 2019, elle est aussi engagée dans la composante UEMOA du programme régional WARDIP soutenu par la Banque mondiale.

Son itinéraire est moins celui d’une spécialiste enfermée dans une fonction que celui d’une montée progressive dans la chaîne de décision économique. De la veille stratégique à la gouvernance bancaire, en passant par l’amélioration du climat des affaires et la promotion des entreprises, Khady Evelyne Denise Ndiaye a construit une expertise dont le fil conducteur reste constant : comprendre les mécanismes qui permettent au capital privé de devenir un véritable moteur de transformation régionale.

L’intelligence économique comme point de départ

Sa formation éclaire cette trajectoire. À l’Université Toulouse 1 Capitole, elle se spécialise en intelligence économique. Elle complète ensuite son cursus par une formation orientée vers la maîtrise d’ouvrage public-privé, le développement et le financement du secteur privé au CEFEB et à l’Université d’Auvergne.

Avant l’UEMOA, elle passe par Limousin Expansion, en France, où elle travaille sur la veille et l’intelligence économique. Ce premier terrain professionnel installe une méthode qui restera visible dans la suite de son parcours : collecter l’information, comprendre les rapports de force économiques, identifier les opportunités et transformer la connaissance en outil d’aide à la décision.

Lorsqu’elle rejoint la Commission de l’UEMOA en 2010 comme jeune professionnelle, elle entre dans une institution où cette grille de lecture prend une dimension nouvelle. Il ne s’agit plus seulement d’observer une entreprise ou un territoire, mais huit économies appelées à approfondir leur intégration.

Elle travaille successivement sur la veille stratégique, la surveillance multilatérale, la coopération et la mobilisation de financements, puis sur la promotion du secteur privé. Un rapport consacré aux cadres juridiques et institutionnels des partenariats public-privé la répertoriait déjà comme spécialiste en intelligence économique et responsable de la promotion du secteur privé au sein de la Commission.

Du diagnostic économique à la construction d’un environnement d’affaires

Le véritable changement d’échelle intervient à partir de 2015. Khady Evelyne Denise Ndiaye se concentre davantage sur les entreprises : amélioration du climat des affaires, promotion du secteur privé communautaire, partenariats public-privé, dialogue avec les organisations consulaires et intelligence économique appliquée au développement entrepreneurial.

Elle prend en 2016 des responsabilités de chef de division, puis accède en janvier 2019 à la Direction du Secteur privé. L’enjeu devient alors plus institutionnel. Dans une union monétaire, favoriser l’investissement ne consiste pas uniquement à attirer des capitaux. Il faut rapprocher des cadres réglementaires, faciliter l’activité transfrontalière, améliorer l’environnement des PME et construire des instruments capables de faire émerger des entreprises opérant à l’échelle régionale.

Cette orientation se retrouve dans plusieurs initiatives conduites par la Commission. En 2024, la Direction du Secteur privé participe notamment à la troisième édition de « Tremplin Start-up UEMOA », destinée à accompagner l’émergence d’entreprises innovantes et de champions régionaux. En mai 2025, Khady Evelyne Denise Ndiaye modère également le panel organisé lors de la présentation du premier guide « Investir dans l’UEMOA », outil conçu pour mieux rendre visibles les opportunités, les cadres réglementaires et les projets structurants des États membres.

Ces dossiers disent quelque chose de l’évolution de sa fonction. La politique du secteur privé ne se limite plus au climat des affaires au sens classique. Elle touche désormais à l’investissement, à l’innovation, aux chaînes de valeur, au financement et à la capacité des entreprises à dépasser les frontières nationales.

WARDIP, le passage au marché numérique régional

C’est précisément sur ce terrain que son parcours prend aujourd’hui une dimension supplémentaire.

Depuis octobre 2025, son profil professionnel mentionne la coordination de la composante UEMOA de la deuxième phase du Western Africa Regional Digital Integration Program, WARDIP, soutenu par la Banque mondiale. Le programme porte une ambition structurante : faire progresser l’Afrique de l’Ouest vers un marché numérique régional davantage intégré.

La Banque mondiale a approuvé en mars 2026 une deuxième opération WARDIP de 137 millions de dollars concernant notamment le Bénin, le Liberia et la Sierra Leone, avec l’UEMOA parmi les entités régionales associées. Le dispositif doit agir simultanément sur les infrastructures numériques, l’environnement des affaires, les données, la cybersécurité, les services en ligne et la capacité des entreprises à se développer au-delà de leurs marchés domestiques.

Pour Khady Evelyne Denise Ndiaye, ce dossier constitue presque une convergence de ses expériences antérieures. L’intelligence économique y rencontre le développement du secteur privé. La politique communautaire y rencontre l’investissement. Et l’intégration régionale y prend une forme nouvelle : celle de données, de plateformes, de services numériques et de capitaux circulant dans un espace économique moins fragmenté.

En mars 2025 déjà, lors du Global Digital Summit de la Banque mondiale à Washington, elle représentait la Commission de l’UEMOA dans les échanges autour de WARDIP et intervenait notamment sur les déficits de financement et les défis de soutenabilité financière.

Une nouvelle dimension : la gouvernance bancaire

À cette expérience institutionnelle s’ajoute depuis mars 2025 un autre registre de responsabilité. Khady Evelyne Denise Ndiaye exerce comme administratrice indépendante de Banque Atlantique Mali, filiale du groupe Banque Centrale Populaire. Une fonction qui la place non plus uniquement du côté des politiques destinées aux entreprises, mais au sein même d’un dispositif de gouvernance bancaire. Son activité professionnelle récente confirme cette responsabilité.

Ce passage est significatif. Un administrateur indépendant travaille sur des problématiques de contrôle, de risques, de stratégie, de conformité et d’équilibre de gouvernance. Pour une dirigeante ayant consacré une large partie de sa carrière à l’environnement institutionnel du secteur privé, cette exposition au conseil d’administration apporte une lecture complémentaire : celle de l’entreprise financière elle-même, confrontée aux arbitrages du capital, du risque et de la création de valeur.

Une trajectoire qui accompagne le changement d’échelle de l’UEMOA

Le parcours de Khady Evelyne Denise Ndiaye raconte finalement une évolution plus large de l’intégration économique ouest-africaine. La première génération de politiques communautaires devait rapprocher les règles et stabiliser les cadres macroéconomiques. La suivante doit permettre aux entreprises, aux capitaux, aux données et aux services de circuler plus efficacement dans cet espace commun.

C’est à cette frontière que se situe désormais son travail.

Depuis son arrivée à la Commission en 2010 jusqu’à la direction du Secteur privé, puis aux dossiers d’intégration numérique et à la gouvernance bancaire, elle a progressivement déplacé son champ d’action de l’analyse vers la décision, puis de la décision vers la transformation institutionnelle. La suite de son parcours se mesurera moins à l’accumulation de fonctions qu’à la capacité de ces dispositifs régionaux à produire ce que l’UEMOA recherche depuis longtemps : un secteur privé suffisamment robuste pour penser son marché non plus à l’échelle de huit pays séparés, mais à celle d’un véritable espace économique intégré.

Mérimé Wilson

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