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Momadou Ndoye, le bâtisseur d’exécution qui installe Atos au cœur du numérique sénégalais

Ingénieur formé entre Poitiers, Saint-Étienne et les grands programmes de transformation informatique en France, Momadou Ndoye appartient à cette catégorie de dirigeants dont la légitimité s’est construite dans l’exécution. À la tête du cluster Sénégal d’Atos depuis février 2024, il incarne une génération de managers sénégalais capables de relier expertise technique, discipline opérationnelle, développement commercial et ambition régionale.

Dans les métiers du numérique, certains dirigeants se distinguent par leur capacité à parler la langue de la stratégie. D’autres par leur maîtrise de la technologie. Les plus rares savent faire les deux, tout en gardant une obsession constante pour l’exécution, la qualité de service et la performance des équipes. Momadou Ndoye appartient à cette troisième famille. Son parcours, construit sur plus de deux décennies entre grands projets informatiques publics, delivery international, pilotage d’équipes et développement d’activités en Afrique de l’Ouest, raconte moins une carrière linéaire qu’une montée progressive vers un rôle de bâtisseur.

Depuis février 2024, il occupe la fonction de Directeur général Cluster Sénégal chez Atos, avec un périmètre qui engage à la fois le développement du marché sénégalais, la relation avec les grands comptes, la négociation de contrats structurants, la responsabilité du P&L, les prévisions budgétaires et l’intégration d’activités locales. Dans ce rôle, il ne s’agit pas seulement de représenter une marque technologique internationale. Il s’agit de transformer une présence en plateforme, une implantation en capacité industrielle, et un centre d’expertise en levier de compétitivité pour le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest.

Le profil de Momadou Ndoye est d’abord celui d’un ingénieur. Après un passage à l’Université de Poitiers en MIAS, mathématiques, informatique et applications aux sciences, entre 1996 et 1998, où il obtient le niveau Mention Bien, il poursuit sa formation à Télécom Saint-Étienne, dont il sort ingénieur en 2001. Plus tard, en 2015, il complète ce socle technique par le programme managérial “Atos International Talent Development”, un parcours de type MBA pour managers, dispensé par HEC Paris. Cette combinaison dit beaucoup de son positionnement : une base scientifique solide, une culture d’ingénierie, puis une montée en puissance vers le leadership, la gestion et la conduite d’organisations complexes.

Ses premières années professionnelles l’installent dans des environnements exigeants. Chez Schlumberger, entre 2001 et 2002, il intervient comme développeur Java/J2EE puis Java Developer et Directory Integrator, notamment sur des projets menés à Houston et Barcelone. Ces expériences initiales lui donnent une exposition précoce aux environnements internationaux, aux architectures distribuées et aux systèmes d’information critiques.

Mais c’est chez Atos que son parcours prend sa véritable profondeur. À partir de 2002, Momadou Ndoye entre dans une longue séquence de construction professionnelle au sein du groupe. Il y occupe successivement des fonctions d’architecte fonctionnel, consultant technique, responsable d’architecture fonctionnelle, chef de projet technique, puis manager de projets et de programmes. Cette progression n’est pas anecdotique. Elle montre un dirigeant qui a connu le système d’information par le détail, avant d’en piloter les équipes, les risques, les livrables, les budgets et les transformations.

Ses années en France le placent au cœur de grands projets publics. Il intervient notamment sur HELIOS, projet de refonte du système de gestion de la comptabilité publique locale pour le ministère français des Finances, puis sur ISIS, projet de modernisation du système d’information de gestion des aides de la Politique agricole commune pour le ministère de l’Agriculture. Dans ces environnements, la technologie n’est jamais un gadget. Elle est au service de processus administratifs lourds, de contraintes réglementaires, de volumes importants, d’une exigence de fiabilité et d’une responsabilité publique forte.

Cette expérience forge probablement l’un des marqueurs de son leadership : la discipline opérationnelle. Dans les grands systèmes d’information, l’improvisation se paie cher. La réussite dépend de la méthode, de la clarté des responsabilités, de la gestion des risques, du contrôle de la qualité, de la capacité à faire travailler des équipes réparties sur plusieurs sites et de la relation avec des donneurs d’ordre exigeants. Momadou Ndoye construit ainsi sa légitimité dans un univers où la promesse commerciale doit toujours être tenue par l’exécution.

À partir de 2014, son parcours prend une dimension africaine plus structurante. Comme Head of Senegal Global Delivery Center, il dirige pendant plus de neuf ans les activités de service delivery liées à des projets d’externalisation pour des clients européens. Son périmètre couvre la gestion des risques de livraison, l’assurance qualité, la transition et la transformation de services clients vers Atos, le contrôle budgétaire, le reporting financier, le développement commercial, l’avant-vente, la conception de solutions, la négociation contractuelle, la gestion des ressources, la formation et la coopération avec les universités. Il supervise alors un effectif de plus de 220 collaborateurs.

Ce passage est central. Il installe Momadou Ndoye au cœur d’un enjeu stratégique pour le Sénégal : la capacité du pays à produire des services numériques de haut niveau pour des clients internationaux. Atos est un groupe européen majeur des services numériques, actif dans le cloud, la cybersécurité, l’infogérance et la transformation digitale. Sa présence au Sénégal s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration de capacités technologiques en Afrique de l’Ouest. Des sources publiques indiquent notamment qu’Atos a développé à Dakar un centre de services numériques pour l’Afrique de l’Ouest, présenté comme employant plusieurs centaines d’ingénieurs sénégalais.

Dans ce contexte, Momadou Ndoye n’est pas seulement un manager de centre. Il devient un opérateur de montée en compétence. Son travail touche à la certification des collaborateurs, à la formation de juniors, à l’amélioration continue des indicateurs opérationnels, à la productivité, au maintien des standards Lean, à la maîtrise de l’attrition et à la progression du niveau moyen de séniorité des équipes. Il contribue également à la mise en œuvre de standards IT, aux audits et aux certifications CMMI3 for Services, ISO 20000 et Lean.

Cette dimension est essentielle dans une économie où le numérique ne se résume pas aux startups, aux applications mobiles ou aux discours sur l’innovation. Le développement d’un véritable secteur technologique passe aussi par des plateformes de services, des ingénieurs formés, des processus robustes, des standards internationaux, des équipes capables de livrer à distance et une culture de performance exportable. Le parcours de Momadou Ndoye rappelle que la souveraineté numérique se construit autant dans les data centers, les lignes de code et les contrats d’externalisation que dans les politiques publiques.

Entre 2020 et 2024, il élargit encore son rayon d’action comme Head of Operations for Western and Central Africa. Cette fonction régionale confirme son passage d’un rôle de delivery local à une responsabilité plus large sur l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Là encore, son profil combine relation client, organisation opérationnelle et compréhension fine des contraintes multiculturelles propres aux marchés africains.

Sa nomination à la direction générale du cluster Sénégal apparaît alors comme une suite logique. Elle consacre un dirigeant passé par tous les étages de la chaîne de valeur numérique : développement, architecture fonctionnelle, gestion de projet, management de programme, delivery, opérations régionales, business development et responsabilité de compte de résultat. Peu de profils réunissent avec autant de continuité la connaissance du terrain technique, la culture des grands comptes et la capacité à diriger une organisation dans un marché africain en transformation.

Pour le Sénégal, ce type de parcours compte. Le pays ambitionne de renforcer son positionnement numérique, d’attirer des investissements, de développer les compétences locales et de devenir une base régionale crédible pour les services technologiques. Dans cette équation, les dirigeants comme Momadou Ndoye jouent un rôle discret mais déterminant. Ils ne se contentent pas de commenter la transformation digitale. Ils la rendent opérable, mesurable et contractualisable.

Son leadership semble se définir par trois lignes de force : la rigueur de l’ingénieur, la méthode du chef de programme et la vision du dirigeant de marché. Cette combinaison donne à son parcours une densité particulière. Elle dit qu’un dirigeant technologique africain ne se construit pas seulement par l’exposition médiatique ou l’intuition entrepreneuriale, mais aussi par l’endurance, la maîtrise des standards, la capacité à livrer dans la durée et la construction d’équipes compétitives.

Momadou Ndoye représente ainsi une figure importante du numérique sénégalais contemporain : celle du manager industriel de la technologie. Un profil moins visible que les fondateurs de startups, mais essentiel à l’architecture réelle de l’économie digitale. Dans un continent où la transformation numérique dépendra autant de la qualité des talents que de la solidité des plateformes, son parcours rappelle une vérité simple : l’avenir technologique africain aura besoin de visionnaires, mais il aura surtout besoin de bâtisseurs capables de faire fonctionner les systèmes.

Mérimé Wilson

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