Nos CEO

Fatou Ba Sow, la dirigeante qui a fait de la finance un langage de transformation chez CANAL+ Sénégal

Directrice générale de CANAL+ Sénégal depuis juin 2024, Fatou Ba Sow incarne une forme de leadership rare dans l’économie sénégalaise : celui qui ne vient pas de l’exposition médiatique, mais de la maîtrise des chiffres, des organisations et des transitions complexes. Passée par la banque, l’audit, l’industrie, les télécoms, l’énergie solaire et l’audiovisuel, elle a construit une trajectoire de dirigeante à la croisée de la rigueur financière, de la gouvernance et de la conduite du changement.

Dans l’univers de l’audiovisuel, on regarde souvent les écrans, les contenus, les visages et les audiences. On oublie parfois que derrière une marque puissante, derrière une offre commerciale, derrière une salle de cinéma, derrière une croissance d’abonnés ou une nouvelle activité, il existe une autre scène, plus discrète, mais décisive : celle des arbitrages financiers, des systèmes d’information, des conseils d’administration, des négociations fiscales, de la structuration juridique et de la discipline opérationnelle. C’est sur cette scène que Fatou Ba Sow a bâti l’essentiel de son autorité professionnelle avant d’accéder à la direction générale de CANAL+ Sénégal.

Depuis juin 2024, elle dirige l’une des filiales les plus emblématiques du groupe au Sénégal, dans un secteur où la télévision payante, les contenus locaux, le sport, le cinéma, la distribution numérique et la relation client se recomposent à grande vitesse. Sa nomination ne relève pas d’un simple changement de fonction. Elle marque l’aboutissement d’un parcours long, méthodique, exigeant, où la finance n’a jamais été seulement un outil de contrôle, mais un instrument de pilotage, de transformation et de création de valeur.

Le profil de Fatou Ba Sow est intéressant parce qu’il échappe aux trajectoires linéaires. Il ne raconte pas uniquement l’ascension d’une cadre financière devenue dirigeante. Il raconte aussi l’évolution d’un type de leadership dont les entreprises africaines ont de plus en plus besoin : des profils capables de comprendre les chiffres sans perdre de vue les équipes, de tenir la gouvernance sans ralentir l’innovation, de dialoguer avec les régulateurs sans s’éloigner du terrain, et de conduire des changements profonds sans fragiliser l’organisation.

Avant CANAL+, Fatou Ba Sow a appris la précision dans des environnements où l’erreur coûte cher. Son parcours démarre dans la comptabilité et le contrôle, d’abord chez SNCDS comme comptable fournisseur, puis à la Banque Islamique du Sénégal comme contrôleur. Ces premières expériences lui donnent une base essentielle : la connaissance des flux, de la conformité, des risques, des écritures et des mécanismes internes qui permettent à une organisation de rester debout. Dans une carrière de direction, cette étape initiale compte plus qu’on ne l’imagine. Elle forge une forme de lucidité : derrière toute ambition stratégique, il faut une architecture de gestion qui tient.

Chez ANTRAK Sénégal, où elle exerce comme trésorier pendant plus de trois ans, elle entre dans un registre plus sensible encore : celui de la liquidité, de la trésorerie, de la capacité à anticiper les besoins et à sécuriser les équilibres. Elle rejoint ensuite Unilever Sénégal comme chef comptable, une expérience qui la met au contact des standards d’un grand groupe international, de la gestion d’équipe et de l’exigence opérationnelle d’une entreprise de consommation. À ce stade, Fatou Ba Sow n’est pas encore dans la lumière managériale, mais elle accumule ce qui fera plus tard sa solidité : la discipline des process, la compréhension des organisations et la maîtrise des contraintes réelles de l’entreprise.

Le passage par KPMG Sénégal, entre 2006 et 2008, constitue un tournant. Comme consultante senior, elle intervient dans le conseil, la banque, la finance, la formation, l’expertise judiciaire, le diagnostic financier et organisationnel, avec des missions dans plusieurs pays de l’UEMOA, notamment le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Burkina Faso et le Sénégal. Cette expérience lui donne une vision régionale. Elle apprend à lire des organisations différentes, à diagnostiquer des situations complexes, à formuler des recommandations, à parler à des dirigeants, à confronter les modèles de gestion à la réalité des marchés ouest-africains. C’est une école de l’analyse, mais aussi de l’adaptation.

Chez Alcatel-Lucent Sénégal, de 2008 à 2009, Fatou Ba Sow entre dans un univers technologique et organisationnel en mutation. Responsable administrative et financière, elle pilote notamment un changement de système d’information avec le passage sous SAP. Elle intervient aussi sur les processus ressources humaines et finance dans le cadre d’une mission d’audit de certification ISO 9001, tout en participant à la transformation d’une succursale en filiale, avec ses implications comptables, sociales, juridiques et fiscales. Ces missions disent beaucoup de son profil : elle n’est pas seulement une financière de reporting. Elle devient une actrice de transformation.

Cette compétence s’approfondit chez Tenesol Afrique de l’Ouest, où elle occupe le poste de responsable administrative et financière de 2010 à 2013. Dans cette entreprise active dans l’énergie solaire, elle met en place une organisation plus structurée, à travers l’élaboration de manuels de procédures et d’un règlement intérieur. Elle participe à la construction d’un cadre de dialogue social avec les représentants du personnel et pilote les outils financiers pour atteindre les objectifs de chiffre d’affaires et de marge nette. Elle accompagne aussi la direction générale dans le cadre du rachat de Tenesol par SunPower, une opération exigeante impliquant évaluation d’entreprise et organisation d’entretiens de moralité.

Cette séquence est importante. Elle montre une dirigeante en construction, déjà exposée aux opérations de transformation capitalistique, aux enjeux sociaux, à la structuration interne et à la performance financière. Dans beaucoup d’entreprises africaines, la faiblesse ne vient pas seulement du manque d’idées ou de marchés, mais d’un déficit d’organisation. Fatou Ba Sow semble avoir compris très tôt que la performance durable exige des procédures, des systèmes, une gouvernance et une capacité à embarquer les équipes.

Son entrée chez CANAL+ Sénégal en août 2013 ouvre une nouvelle phase. Pendant six ans, elle y exerce comme directrice administrative et financière. Le périmètre est stratégique : direction financière, pilotage des objectifs, suivi de la croissance, maîtrise de l’ARPU, gestion du parc, transformation des systèmes, dette, stocks, gouvernance et relations institutionnelles. Les éléments de son parcours indiquent une atteinte supérieure aux objectifs sur plusieurs paliers de KPIs, notamment le chiffre d’affaires, la croissance de parc et l’ARPU. Au-delà des chiffres, elle conduit un changement majeur avec le passage de l’entité sous SAP et une nouvelle méthode de gestion et de suivi de la dette et du stock.

Dans une entreprise de télévision payante, ces sujets sont centraux. La croissance ne dépend pas seulement de l’attractivité des offres. Elle dépend aussi de la qualité du recouvrement, de la maîtrise des équipements, du suivi des abonnés, de la précision des données et de la capacité à aligner le commercial, la finance, les opérations et la relation client. En ce sens, Fatou Ba Sow occupe un poste de carrefour. Elle n’est pas à côté du business ; elle est au cœur de sa mécanique.

Elle accompagne également des projets du groupe au Sénégal, notamment le lancement de CanalOlympia Sénégal, avec l’ouverture d’une salle de cinéma. Ce point élargit encore son profil. Il ne s’agit plus seulement de gérer une filiale de distribution audiovisuelle, mais de participer à l’implantation d’une infrastructure culturelle, à la rencontre entre divertissement, expérience physique, marque et économie créative. Dans un pays où la production audiovisuelle, les talents artistiques et les nouvelles habitudes de consommation culturelle prennent de l’importance, cette expérience donne à son parcours une dimension plus large que la stricte gestion financière.

En 2019, Fatou Ba Sow rejoint CANAL+ Côte d’Ivoire comme directrice administrative et financière. Elle y dirige une direction financière de 30 collaborateurs et mène une réorganisation de la fonction. Cette période ivoirienne est particulièrement significative, car elle la place dans un marché plus grand, plus concurrentiel, au cœur d’un écosystème Vivendi plus dense. Elle assure le secrétariat général des différentes entités lors des conseils d’administration et assemblées générales, agit comme business partner et supervise la comptabilité de plusieurs entités Vivendi présentes en Côte d’Ivoire, dont CANAL+ Côte d’Ivoire, AMC, SACI, Télénum, Talents et Spectacles, Havas et JCDecaux.

Là encore, le profil se précise : Fatou Ba Sow n’est plus seulement une spécialiste de la finance d’entreprise. Elle devient une dirigeante capable d’évoluer dans un groupe multi-activités, avec des enjeux de consolidation, de gouvernance, de coordination et de lancement de nouvelles activités. Elle participe au pilotage de l’installation ou du développement de nouvelles entités Vivendi en Côte d’Ivoire, notamment Editis, Plan A, Mancala et Télénum. C’est un environnement qui exige une compréhension fine des équilibres entre groupe, filiales, marchés locaux, réglementation et performance.

Son passage par l’EDHEC Business School, où elle valide en 2022 un AMP Parcours Dirigeants en stratégie et leadership, vient compléter cette trajectoire. Cette formation marque une évolution naturelle : après avoir longtemps construit sa légitimité par la technique, elle formalise une posture de direction générale. La stratégie, le leadership, les dimensions interpersonnelles et personnelles deviennent des compétences aussi décisives que la comptabilité, la fiscalité ou le contrôle financier. C’est souvent à ce moment que certains profils changent de registre : ils ne pilotent plus seulement des directions, ils apprennent à porter une vision d’entreprise.

Sa nomination comme directrice générale de CANAL+ Sénégal en juin 2024 prend donc tout son sens. Elle revient au Sénégal avec une double expérience : la connaissance intime de la filiale sénégalaise, qu’elle a déjà accompagnée pendant six ans, et l’expérience d’un marché ivoirien plus large, où elle a travaillé sur des périmètres complexes du groupe. Elle connaît les exigences du siège, les réalités des filiales, les contraintes des régulateurs, la pression des objectifs commerciaux, les impératifs de gouvernance et la nécessité de maintenir les équipes dans une dynamique de performance.

Le leadership de Fatou Ba Sow semble reposer sur une conviction simple : la transformation n’est pas un slogan, c’est une méthode. Elle passe par les systèmes, les données, les procédures, les compétences, les relations institutionnelles, la discipline budgétaire et la capacité à faire travailler ensemble des fonctions qui, trop souvent, évoluent en silos. Dans un secteur audiovisuel africain confronté à la concurrence des plateformes, à la montée du streaming, à la demande de contenus locaux, au poids du sport et à l’évolution des usages mobiles, ce type de leadership devient stratégique.

Pour CANAL+ Sénégal, l’enjeu dépasse la distribution d’abonnements. Il s’agit de renforcer une marque installée, de maintenir la proximité avec les foyers, de développer l’expérience client, d’accompagner les nouveaux usages et de contribuer à la structuration d’un écosystème culturel et audiovisuel plus compétitif. Fatou Ba Sow arrive à cette responsabilité avec un avantage rare : elle sait que les grandes transformations se gagnent rarement par l’annonce. Elles se gagnent par l’exécution.

Son parcours dit aussi quelque chose du leadership féminin au Sénégal. Non pas dans une logique de symbole facile, mais dans celle, plus exigeante, de la compétence démontrée. Fatou Ba Sow n’a pas construit sa trajectoire par la mise en scène de soi. Elle l’a construite par la durée, l’expertise, la mobilité régionale, la capacité à résoudre des problèmes complexes et l’acceptation de responsabilités de plus en plus larges. C’est une forme de leadership sobre, technique, robuste, qui mérite d’être davantage visible dans les économies africaines.

À l’heure où les entreprises cherchent des dirigeants capables de conjuguer performance, conformité, transformation digitale, gouvernance et intelligence humaine, Fatou Ba Sow représente une génération de managers africains qui savent passer de la fonction support au centre de décision. Elle rappelle qu’une direction financière bien exercée peut devenir une école supérieure de direction générale, à condition d’y ajouter la vision, le courage managérial et la compréhension du marché.

Dans le paysage économique sénégalais, son profil compte parce qu’il relie plusieurs mondes : la banque, l’audit, les télécoms, l’énergie, l’audiovisuel, la culture et la gouvernance. Il compte aussi parce qu’il incarne une idée forte : les dirigeants les plus influents ne sont pas toujours ceux qui parlent le plus fort, mais ceux qui savent installer les conditions durables de la performance.

Fatou Ba Sow dirige aujourd’hui CANAL+ Sénégal avec cette profondeur d’expérience. Derrière son parcours, il y a une leçon de management : la crédibilité se construit dans le détail, la confiance se gagne dans l’exécution, et l’autorité véritable naît souvent de la capacité à transformer les organisations sans perdre leur équilibre.

Mérimé Wilson

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page