Alpha Bayla Guèye, le banquier qui veut rapprocher la ressource de l’économie réelle

Après plus de deux décennies passées à maîtriser les rouages du crédit, du risque, du développement commercial et de la gestion de réseaux bancaires, Alpha Bayla Guèye porte désormais une ambition plus entrepreneuriale : réduire la distance entre les institutions financières et les acteurs économiques en quête de capitaux. À la tête de Neo Finance Sénégal et agréé comme intermédiaire en opérations de banque, il incarne une génération de dirigeants qui ne considère plus l’inclusion financière comme un slogan, mais comme un problème d’architecture, de confiance et d’exécution.
Dans la banque, certains professionnels apprennent à conquérir des clients. D’autres se spécialisent dans l’évaluation des risques et la protection du bilan. Plus rares sont ceux qui ont exercé des responsabilités majeures des deux côtés de la décision : développer les affaires, accompagner les entreprises, diriger des réseaux d’agences, analyser les engagements et arbitrer l’allocation du crédit.
Alpha Bayla Guèye appartient à cette catégorie. Son parcours s’est construit au cœur de la tension fondamentale du métier bancaire : financer l’économie sans compromettre la solidité de l’institution. Cette double compréhension du commerce et du risque constitue aujourd’hui son principal capital professionnel. Elle donne également du sens à son choix de diriger Neo Finance Sénégal, une structure tournée vers la démocratisation de l’accès aux ressources financières.
Chez lui, l’inclusion financière n’est pas pensée comme une simple multiplication de comptes ou de solutions numériques. Elle repose sur une question plus décisive : comment rendre finançables des entrepreneurs, des PME et des projets qui disposent d’un potentiel économique réel, mais restent éloignés des circuits traditionnels du crédit ?
L’apprentissage de la discipline bancaire
La trajectoire d’Alpha Bayla Guèye commence par une immersion au service du crédit de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, entre 2000 et 2001. Cette première expérience l’introduit dans un univers où la monnaie, le financement et le risque sont encadrés par des règles exigeantes. Elle lui permet d’observer très tôt que le crédit ne se résume pas à la mise à disposition de fonds : il est un acte de confiance, adossé à une lecture rigoureuse de la capacité de remboursement et de la viabilité économique.
Sa carrière opérationnelle prend véritablement corps en 2003 à Bank of Africa Sénégal. Il y entre comme chargé de clientèle entreprises, au contact direct des besoins de financement, des contraintes de trésorerie et des stratégies d’investissement du secteur privé. Cette proximité avec les dirigeants et les entreprises lui offre un premier poste d’observation privilégié sur l’économie sénégalaise.
En quelques années, il accède à la responsabilité des grandes entreprises, puis à la direction de l’exploitation couvrant les entreprises, les PME, les professionnels et les particuliers. Le mouvement est significatif : Alpha Bayla Guèye ne se limite plus à gérer un portefeuille. Il doit désormais articuler plusieurs segments de clientèle, coordonner des équipes et transformer les orientations stratégiques de la banque en résultats commerciaux.
La suite de son parcours chez BOA révèle une compétence plus rare. Il prend la direction des risques et des engagements, fonction centrale dans toute institution financière. À ce niveau, il ne s’agit plus seulement de rechercher la croissance, mais d’en mesurer la qualité. Examiner les dossiers de crédit, contrôler les engagements, administrer les concours, surveiller les impayés, prévenir les déclassements et anticiper les besoins de provisionnement exigent une compréhension fine des entreprises autant qu’une solide culture réglementaire.
Cette étape complète son profil. Alpha Bayla Guèye sait désormais comment un dossier est construit par le commercial, mais aussi comment il est lu par le responsable des risques. Il connaît les arguments qui convainquent et les faiblesses qui provoquent un refus.
Trente agences comme école du management
En septembre 2011, il prend la direction du réseau et de l’exploitation de Bank of Africa Sénégal, avec le rang de fondé de pouvoirs principal. Il coordonne alors un ensemble de trente agences réparties sur le territoire national.
La fonction dépasse largement le suivi des performances commerciales. Chaque agence constitue une petite unité économique avec ses clients, ses charges, ses objectifs de rentabilité, ses contraintes opérationnelles et ses risques. Diriger un tel réseau suppose de maintenir une cohérence entre des marchés locaux différents, tout en faisant respecter les mêmes standards de qualité, de conformité et de discipline financière.
Cette expérience territoriale lui permet de confronter la stratégie bancaire à la réalité du terrain. À Dakar comme dans les autres régions, les besoins de financement existent, mais les profils, les garanties disponibles, la formalisation des activités et la qualité de l’information financière varient fortement. La difficulté n’est donc pas toujours l’absence de ressources. Elle réside fréquemment dans l’incapacité à organiser la rencontre entre les capitaux disponibles et les besoins réels de l’économie.
En 2014, Alpha Bayla Guèye rejoint la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce comme directeur commercial et du réseau. Il y coordonne les activités liées aux grandes entreprises, aux PME, aux agences ainsi qu’au marketing et à la communication. La responsabilité confirme son positionnement de dirigeant transversal, capable de relier stratégie commerciale, management du réseau et connaissance des différents segments de clientèle.
À partir de 2016, sa trajectoire se poursuit chez Coris Bank International Sénégal. Nommé Head of Business Development, il est chargé de développer les relations avec les multinationales, les grandes entreprises, les institutionnels et la clientèle de détail. En décembre 2019, il devient directeur des engagements.
Ce passage du développement commercial aux engagements résume presque à lui seul son identité professionnelle. Il maîtrise les deux moteurs d’une banque : la capacité à produire des affaires et l’aptitude à sélectionner les risques. Dans un secteur où une croissance insuffisamment contrôlée peut fragiliser durablement un établissement, cette complémentarité représente un véritable avantage de leadership.
De la banque au service public
En mai 2021, Alpha Bayla Guèye quitte l’univers bancaire pour prendre la direction générale de l’Office des forages ruraux. Le changement de secteur est important, mais il ne constitue pas une rupture totale.
À l’OFOR, la ressource n’est plus financière : elle est hydraulique. L’enjeu reste néanmoins celui de son allocation, de sa disponibilité et de son accès par les populations. La direction d’un organisme chargé de l’hydraulique rurale impose de conjuguer contraintes techniques, organisation opérationnelle, responsabilité sociale et impératifs de continuité du service.
Cette expérience élargit sa lecture du développement. Dans une banque, l’efficacité s’apprécie notamment à travers la rentabilité, la qualité du portefeuille et la maîtrise des risques. Dans un établissement public chargé d’un service essentiel, la performance se mesure aussi à la capacité d’améliorer concrètement les conditions de vie des populations.
Son passage à l’OFOR, jusqu’en janvier 2023, ajoute ainsi une dimension institutionnelle à un parcours jusque-là dominé par la finance privée. Il lui donne une compréhension plus directe des réalités territoriales, notamment de ces zones rurales où l’accès aux services essentiels, aux infrastructures numériques et au financement reste étroitement lié.
Neo Finance, ou le passage de la décision à l’intermédiation
En juillet 2023, Alpha Bayla Guèye revient pleinement à la finance en prenant la direction générale de Neo Finance Sénégal. Il ne retourne pourtant pas à son ancien métier sous la même forme. Il se positionne désormais à l’interface entre les établissements financiers et les agents économiques qui recherchent des ressources.
Neo Finance est née d’une ambition explicite : démocratiser l’accès au financement au Sénégal et, plus largement, en Afrique. Cette orientation répond à un paradoxe persistant. D’un côté, les banques doivent financer davantage l’économie, soutenir les PME et accompagner l’investissement. De l’autre, de nombreux porteurs de projets peinent à présenter des dossiers répondant aux exigences de gouvernance, de traçabilité, de garanties et de viabilité attendues par les prêteurs.
L’intermédiation peut précisément réduire cette asymétrie. Elle ne consiste pas à promettre un financement à tous, mais à améliorer la qualité de la rencontre entre une demande et une offre de crédit. Elle aide à identifier les besoins réels, à structurer les dossiers et à orienter les projets vers les institutions dont les critères correspondent le mieux à leur profil.
Depuis 2024, Alpha Bayla Guèye exerce également sous un agrément d’intermédiaire en opérations de banque. Cette reconnaissance réglementaire donne un cadre formel à une activité qui se trouve au prolongement naturel de son parcours. Après avoir étudié les demandes de financement, dirigé des équipes commerciales et arbitré des engagements, il utilise désormais cette expérience pour faciliter la circulation de la ressource.
Sa valeur ajoutée tient précisément à sa capacité à parler les deux langues. Celle de l’entrepreneur, qui voit une opportunité, un marché et un potentiel de croissance. Et celle du banquier, qui recherche des flux prévisibles, une gouvernance crédible, une capacité de remboursement et une maîtrise suffisante des risques.
Une vision exigeante de l’inclusion financière
Alpha Bayla Guèye défend une conception pragmatique de la transformation financière. Il voit dans l’interopérabilité des paiements instantanés un puissant levier d’accélération des transactions, de réduction de l’usage du cash et de développement de nouveaux services par les fintechs.
Mais son analyse ne cède pas au déterminisme technologique. Une plateforme, aussi performante soit-elle, ne produit pas automatiquement de l’inclusion. L’accès à une couverture mobile et internet de qualité, particulièrement dans les zones rurales, demeure indispensable. La technologie peut abaisser les coûts et rapprocher les services des populations ; elle ne peut compenser à elle seule les déficits d’infrastructures, de confiance ou d’éducation financière.
Cette prudence est caractéristique d’un dirigeant formé au risque. Alpha Bayla Guèye ne semble pas opposer innovation et réglementation, pas plus qu’il n’oppose inclusion et solidité bancaire. Il considère au contraire que l’élargissement de l’accès au financement doit s’appuyer sur des institutions plus robustes, des projets mieux structurés et une utilisation plus productive de l’épargne intérieure.
Il insiste également sur la nécessité de renforcer la capacité des banques à financer des projets de grande envergure, notamment grâce à la syndication. Derrière cette réflexion se dessine une conviction : l’Afrique de l’Ouest ne manque pas seulement de capitaux. Elle doit encore améliorer les mécanismes qui permettent de regrouper, sécuriser et orienter ces capitaux vers les investissements capables de transformer durablement les économies.
Le droit, la finance et le management comme socle
La formation d’Alpha Bayla Guèye éclaire la cohérence de cette trajectoire. Titulaire d’une maîtrise en droit, option banque-assurance, obtenue à l’Université Dakar Bourguiba, il dispose d’un socle juridique adapté à un secteur fortement réglementé. Il complète ce cursus par un Master II en ingénierie financière à l’Institut supérieur de management de Dakar.
À HEC Paris, il renforce ensuite ses compétences en management général et en management des activités bancaires. Cette combinaison entre droit, finance et management lui permet d’aborder l’institution bancaire comme un ensemble : une organisation commerciale, un gestionnaire de risques, un acteur réglementé et un instrument de transformation économique.
Plus de vingt ans après ses débuts, Alpha Bayla Guèye a parcouru la quasi-totalité de la chaîne de valeur bancaire. Il a connu le crédit, la clientèle d’entreprises, les grandes signatures, l’exploitation, les risques, les engagements, les réseaux, le développement commercial et la direction générale. Il a également dirigé un établissement public intervenant dans un secteur essentiel.
Cette trajectoire donne aujourd’hui à son engagement entrepreneurial une profondeur particulière. Neo Finance n’apparaît pas comme une rupture avec son passé, mais comme sa synthèse. Après avoir longtemps décidé de l’intérieur à qui la banque pouvait prêter, Alpha Bayla Guèye travaille désormais à rendre davantage d’acteurs économiques capables de franchir la porte du financement.
Son parcours rappelle ainsi une vérité essentielle : l’inclusion financière ne progressera pas uniquement grâce à l’augmentation du nombre d’institutions ou à la multiplication des applications. Elle dépendra aussi de professionnels capables de construire des passerelles crédibles entre l’épargne et l’investissement, entre la réglementation et l’innovation, entre les exigences des banques et les ambitions des entrepreneurs.
Mérimé Wilson



